LIVRE DOUZIÈME
de tout ce qui n'était pas le peuple de Paris dans la nation, et la dictature indéfinie imposée au gouvernement^ sous condition que ce gouvernement subirait et ratifierait lui-même la dictature de la démagogie souveraine.
Pendant que Blanqui parlait , les visages des membres du gouvernement s'impressionnaient d'indignation et de honte. Les sections les plus forcenées des clubs appuyaient du regard, de l'attitude et du geste ses paroles les plus significatives; il termina en sommant le gouvernement, au nom du peuple, de délibérer le plus promptement possible sur le texte de ces résolutions et de faire connaître le résultat de sa délibération séance tenante.
Lamartine ne se faisait aucune illusion sur l'intention secrète qui avait inspiré ce grand acte populaire. Il ne doutait pas qu'il n'eût été spécialement dirigé contre lui. Il avait reconnu dans le programme des clubs précisément le contraire de ce qu'il avait fait signer la veille au gouvernement, dans la proclamation à la nation française. Les cris de « à bas Lamartine et vive la minoiité du gouvernement! » lui inditpiaient assez l'intention des meneurs de la grande revue. Mais Lamartine s'apercevait clairemeni aussi (jue cette démonstration, revue exagérée et dénaturée par les clubs, et surtout par le club Hlainpii, dépassait le but qui paraissait Ini avoir élé assigm» [»nr ses organisateurs. Quoi(iu'il fût évidenmi(Mil I»' pins intéressé dans le programme des clubs, et (pfil IVil naturelle-
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mont lo plus rapproché des orateurs , il crut devoir garder le r^ilence et laisser à ses collègues plus populaires et moins suspects que lui aux agitateurs démagogues, le soin de relever la sommation et de venger ou de livrer Tindépendance du gouvernement. Vengée, elle lui suflisail, livrée il l'aurait revendi(juée en son nom et au nom de ses amis.
Ses collègues ne le laissèrent pas longtemps dans cette perplexité; ils la vengèrent en termes aussi éloquents qu'énergiques.
Louis Blanc parla en homme qui s'identifie complètement à l'esprit de ses collègues, (jui se soulève au nom de leur indé|)endance et de la sienne contre l'oppression même i\c> idées (pii lui seraieni propres peut-ètn*, si elles ne lui étaient commandées. Son discours déconcerta visiblement les visages des meneurs populaires.
Ledru Rollin parla en homme de gouvernement (jui ne livre rien de son indépendance et de sa liberti» morale même aux inlluences de ses andiiés; il défendit l'armée momentanément éloigni'^e de Paris par la |)ru(l(Miee. mais i'(MM)iieili('»e \c plus loi possible aNce la nalioii dont rWc j)orlail en vWr le droit cl la l'orcf^; il n(^ céda rien sur les élections et sur la souveraineté de la re|)résentalion ; il fui liabih* en restant ferme. Ces deux réponses des honiines m (jui hîs agitateurs avaient espéré penl-éfr(» rcMieoiiticr {\v<> eomj)lieilés ou des encouragements, l(\s réduisirent un iiioiikmiI à l'immobilité et au sil(Mi('(\ In llottement se manifesta dans