‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 112 sur 216 · LIVRE DOUZIÈMIÎ · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈMIÎ

gardes nationaux par les départements du nord, de l'est et de l'ouest, ne pouvait manquer de submerger dans leur propre sang les dictateurs et les comités de salut public, qui rêvaient le renouvellement des tyrannies de 1793. Cette pensée, dans les plus grandes extrémités du gouvernement, faisait le repos d'esprit de Lamartine. Le nom de Négrier sonnait en secret à son oreille comme une dernière espérance, ou du moins comme une vengeance certaine de la société renversée. Il ne confiait cette pensée à personne, de peur d'attirer sur Négrier les soupçons et les accusations des démagogues.

Tranquille de ce côté, il résolut de faire des efforts d'une autre nature sur l'esprit et sur le patriotisme des principaux chefs de sectes, d'opinions, de clubs et de journaux extrêmes, seuls assez puissants alors pour remuer Paris, hommes sans lesquels les conspirateurs les plus audacieux ne [)Ouvaient rien sur le peu[)le. S'il échouait dans ses intelligences avec eux pour en obtenir patience, raison et modération jusqu'au jour des élections générales, il aviserait avec ses amis du gouvernement, et se tiendrait ])rét à un combat désespéré entre les deux cam|)S de la République dans Paris. S'il réussissait, il serait maîtnî des forces les plus vives de la révolution [)ar ces hommes, et il paralyserait i)ar eux, les tentatives -du connnu-

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nisiiic, (lu terrorisme et des partisans de la dictature et de la guerre. 11 croyait aux bonnes intentions des hommes ni(}mes les plus fanatiques et à la diplomatie de la confiance et de la franchise avec eux; ce fut cette foi qui sauva l^iris et la Fiance des derniers désastres. S'il n'eut [)oint ouvert son cœur à ces adversaires prévenus conti'e lui, et s'il n'eùl |)()iiit lu dans leur Ame et dans leurs desseins, ces hommes auraient persévéré à croire ({ue Lamartine n'était entré dans la Héj)ul)li(jue (pie j)our re\[)l()iter et la trahir: (ju'il tramait une contre-révolution; (ju'il révail le rôle suranné d'un >Ionk populaire; et ces hommes s'unissant contre lui aux partisans de la guerre, de la dictature, et des épurations du gouverncMiient, auraient infailliblemenl jeté la France dans les convulsions d'un gouvernement conventionnel .

De ces hommes, Lamartine en connaissait (piehjiu^suns; il lit des avances pour amener les autres à des entrevues avec lui.

Un des j)lus (Muinents des écrivains politicpKs du niomenl était M. (I(> Lamennais. !\L i\v Lamennais, autrefois aj)(\lre du eatliolicismc^ , avail changé sa loi et son rôle eouli'e le i(>l<' (^;^|)<^ll•e des j)rolétaires. Son Ame s'était attendrie sur JiMir misère. Son style s'était endurci de h^n- ressentimenl. Di^puis douze ans il était la voix d(^ leurs griefs et (piehjuefois le cri de leur

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vengeance. La proclamation de la République l'avait tout à coup et comme miraculeusement apaisé : c'est l'effet des victoires sur les cœurs généreux. Il avait passé, à l'instant, du côté de la société menacée par le terrorisme, le socialisme et la démagogie. 11 rédigeait un journal puissant par son nom et par son talent sur l'esprit du peuple, le Peuple conslituant. Lamartine, qui n'avait jamais vu jusque-là dans M. de Lamennais que l'écrivain, avait été étonné d'y trouver tout à coup le caractère, la modération, la fermeté, les vues de l'homme politique. Ce journal dépopularisait la guerre, la démagogie, les doctrines anti-sociales. Si M. de Lamennais eut persévéré , la France aurait compté en lui un homme d'État de plus. Lamartine le voyait fréquemment alors chez une femme distinguée par son esprit et par son libéralisme. M. de Lamennais avait écrit un plan de constitution où la force publique manquait de centre. Le nom de M. de Lamennais modéré alors intimidait les excès et fulminait les chimères. M. de Lamennais , nommé depuis à l'Assemblée constituante , trop ému et trop ombrageux devant les réactions, est revenu sur ses pas et a repris la route des ombres; immense perte pour la Républi(jue pratique. Quand le génie déserte, la cause souffre et le siècle est en deuil.

Raspail , très-puissant sur les faubourgs de Paris, consentit à avoir un entretien avec Lamartine. Cet entretien fut long et sans réticences des deux cotés. Lamartine avait entendu une fois Ras[)ail défendant sa

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cause devant la Cour des pairs; il était resté frappé do cette éloquence originale, pitlores(}ue , résignée et intré|)idc à la fois. La politique de Raspail |)araissait consister en aspirations religieuses, po[)ulaires, égalilaires, plus senties que rédigées dans son esprit : Tinipatience le saisissait. 1! ^enait de pousser le peuple |)ar son journal et par son club à demander l'ajournement des élections et un dictateui' populaire pour gouverner. Lamartine rai)aisa (Mi lui montrant les dangers d'une si intolérable usurpation pour la Hé|)ublifjue ; il lui ouvrit les perspectives indélinies de progrès et de charité sociale contenues dans l'institution républicaine au fur et à mesure des dévelop|)ements de la raison et de la vertu de la société: il le convaiiupiit de rimpralicabilili' i\(^> liansformations violentes des bases de la propriété ; il le conjui-a de donner du temps et (1(^ la eonliance au pays (mi n'usur- |)ant rien sur la souveraineté de tous. Kaspail philoso[)lie plus (pf ambitieux, fut touche des raisons et de l'ardeur de Lamartine : il lui pinmil de revenir sui* ses |)as, de cond)attre les complots de (li('tatur(\ d'altendi'e la sou\ <M'aineté nationale^ et de uv conspirer (ju'à liante^ \()i\ (M à la tiibune. L'iidluenee pi(^s(pio su|)erstiti(niS(* (|u"il exei^eail >iii' Te-prit des nuisses eontiibua beinicnnp pciiddiit ecMte peiiode à décourager les complots et à contenir le j)euple des faubourgs dans la patience et dans la U»galité.

(label, dont I iinagiiuition moins forte s(» laissait e\ iilemmeiil eni[)oitei' à dvs songes (rand)ition plus

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