LIVRE DOUZIÈME
Lamartine et le ministre de l'intérieur s'entendirent pour opérer cette dissolution des rassemblements. Des sommes considérables furent employées par M. Flocon pour secourir, écarter, disséminer et interner ces milliers de réfugiés.
Mais les plus remuants restaient à Paris. C'étaient les Polonais. Les Polonais sont le ferment de l'Europe. Aussi braves sur le champ de bataille que tumultueux sur les places publiques, ils sont l'armée révolutionnaire du continent. Tout leur est patrie pourvu qu'ils l'agitent : ils agitaient Paris et menaçaient le gouvernement. Acclimatés par l'hospitalité nationale, soutenus par des comités français, pourvus de protecteurs infatigables tels que MM. de Monlalembert, Va vin, toujours préls à faire valoir leurs titres devant le pouvoir, ils étaient une des plus sérieuses difficultés de la situation du ministre des affaires étrangères. On leur avait ouvert des brigades polonaises soldées par la France ; c'était aller aussi loin que le droit des gens le permettait. Déclarer pour eux la guerre à la Prusse, à l'Autriche et à la Russie, c'était une croisade pour conquérir un sépulcre. La leur refuser, c'était s'exposer aux impopularités et aux séditions en leur faveur. Ils avaient leur voix dans tous les clubs, leur cri dans toutes les émotions, leur main dans toutes les mains des attroupements. Ils recrutaient ouvertement les sym-
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patliics dans les ateliers nationaux; ils annonraiont audacieusement des manifestations polonaises pour intimider le gouvernement. Les hommes sensés de leur nation les retenaient en vain. Les démagoiïues français se servaient du nom de la Pologne pour faire éclater la France; Lamartine qui surveillait attentivement leurs agitations s'indignait d'avoir plus de peine à contenir ces hôtes de la France que la France ellemême.
Un soir qu'il rentrait harassé de la lutte de tous les jours à rilotel de Ville, et qu'il comptait prendre quelques lieures de sommeil si rares pour lui dans un pareil moment, on lui annonça une nond)reuse députation de Polonais de je ne sais (piel club démocralicpie qui prétendait représenter la Pologne ontièie. C'était la prétention de chacun des cincj ou six partis polonais, anarchiques jusque sur la terre étrangère, et antipalhicpies les uns aux autres. Ils se rangèrent en deux groupes eu face du ministre dans le cabinet des allaircs étrangères. Ln de leurs orateurs parla un langage convenable , qn()i([n(^ trop impérieux poiii' une colonie d'étrangers. Lamartine allait repondre avec les égards dus à l'expatriation et au malheur, (|uand des cris partis de l'autre groupe protestèrent contre la modération du premier.
Un autre orateur sortant avec des gesticulations frénéti(|ues du cercle des mécontents apostropha insolemment le ministre et la nation dans sa personne. Il fit un discours séditieux dans le(ïuel il finit paraimon-