LIVRE TREIZIÈME
populaire et libéral , se donna une constitution. Rome, initiée à la liberté et poussée à l'indépendance par un pape plus téméraire que politique, se souleva jus([u'à l'impatience, tour à tour agitée et retenue par lui.
Naples avait arraché à son roi une constitution ; l'armée restait au roi; elle combattit sous lui les tentatives républicaines. La Sicile proclama son indépendance et versa son sang pour la sceller.
Enfin le roi de Sardaigne Charles-Albert, imitant le roi de Prusse, leva à la tête de cent mille hommes le drapeau de l'indépendance de l'Italie. Allié solidaire, presque vassal de la politique autrichienne, il profita des revers de l'Autriche pour marcher sur la Lombardie. Entraîné par sa vieille and)ition, poussé par son peuple, letenu par ses principes anti-libéraux, blâmé par sa cour et par son clergé, applaudi et menacé par les républicains, il se jeta sans prévoyance et sans logi([ue dans un abîme d'inconséquences, de fautes et de difficultés. Il crut échapper à la républicpic par la conquête; il ne trouva que la ruine de son pays et l'exil. Bon soldat, mauvais chef, honnne inconsistant, prince tour à tour révolutionnaire et persécuteur, il était né pour être l'inslrument passif et malheureux des partis dominants. Il racheta i)ar son héroïsme personnel les imperfections de son intelligence et de son caractère. L'histoire le plaindra et l'honorera.
î!',r, RÉVOLUTION DE 18 18.
Chacun de ces événemenls ainsi groupés arrivant coup sur coup à Paris avait i)our écho une immense acchimation de joie. Le plus grand danger de la Républi(jue était la crainte d'une coalition contre elle. La peur est cruelle; elle fait crier à la trahison; elle dresse les échafauds; elle motive les dictatures; elle donne le gouvernement aux partis extrêmes. Lamartine redoutait avant tout ces paniques de coalition (jui pouvaient saisir la France et la pousser aux convulsions et au sang. Les déchirements successifs de TKurope, les détronements, les émancipations des peu|)les (pril avait prédits à ses collègues et à l'opinion, venaient de semaine en semaine fortifier son système pacifi(|ue. L'horizon s'ouvrait de toutes parts. La démocratie fraternisait du Danube au Tibre. L'air entrait avec la sérénité et la sécurité dans resj)rit public à Paris; la peur s'évaporait des ûmes les jjIus ()nd)rageuses. Le prétexte mancpiait aux partisans les plus effrénés de l'agression autour du gouvernement. Les clubs même vociféraient les bénéfices de la paix. Les agents confidentiels que le ministre da^ affaires étrangères avait envoyés dans toutes les capitales de l'Europe lui annonçaient par tous les courriers le succès populaire de sa di|)lomati(* inoffensive pour les nations, irréprochable envers les gouvernements, toutepuissante par les résultats.