LIVRE TREIZIÈME
Toute discussion sur les affaires étrangères avait cessé dans le sein même du gouvernement. Le ministre dirigeait seul et sans contestation les destinées de notre politique. La fortune lui donnait raison. Il n'entrait au conseil des ministres que pour apporter de nouveaux augures ou de nouveaux triomphes à la République. Ses collègues s'en félicitaient avec lui. Les tristes préoccupations de l'intérieur étaient dissipées quelques moments dans leurs cœurs par les perspectives rassurantes du dehors :
«Chaque fois qu'un courrier m'arrive, disait-il au « gouvernement, et que j'entre ici pour vous entre- « tenir de nos affaires extérieures je vous apporte « un pan de l'Europe! » L'Europe en effet s'écroulait au contre-coup de la République à Paris parce que la République avait eu la sagesse de ne pas violenter l'Europe.
Le ministre ne se dissimulait pas qu'après ce mouvement de décomposition, l'Europe aurait un mouvement de reconstitution violente de l'ancien ordre monarchique. Il ne croyait pas, il ne désirait pas (jue les peuples mal préparés passassent du premier bond à la République. Il suffisait à la France que l'esprit des peuples dont elle était immédiatement entourée s'introduisît par des institutions constitutionnelles dans leur propre gouvernement, connue élément (hî fraternité, de solidarité et de j)ai\ avec la France. Telle était sa vraie [)ensée.
25S in:VOLUTION DE 1848.
Aussi ses ai^ents au dehors avaient-ils tous sans exce[)ii()n j)Our instruction rorniolle de n'entrer dans aucune trame contre les gouvernements, de ne s'immiscer dans aucune manœuvre républicaine, de ne pousser aucun |)euple à rinsurreclion , aucun j)riiK'e à la i^ueire. 11 ne \()ulait pas engai^er la Uepul)li(jue par unecomplicilé morale (juelconcjue dans dc> causes ou dans des fortunes qu'elle pourrait avoir à desavouer plus tard. Il poussait le scrupule à cet égard jus(ju'à refuser de s'explicjuer par aucun signe do blànie ou d'encouragement; lorscpu^ le roi Chailes- Albert lui lit notifier sa déclaration de guerre à l'Au- Iriche, il fut impossible au marquis de lirignole, ambassadeur d(; ce souverain , ({ue Lamartine voyait Ions les jours, de savoir si le gouvernement franç^-ais approuvait ou désapprouvait cette déclaration de guerre. L'aj)prouver? c'était prendre l'engageuient tacile d'en suivre les éventualités et faire une guerre indirecte à l'Autriche. La blâmer.^ c'était décourager la tentative de rindépendance italienne par l'Italie (^Ile-méme. 11 se tut, et se borna à presser la foimalion de l'armée des Alpes; car soil (ni'clle réussît, soit ([u'elle échouai, la guerre du Piémont à rAutricho devait faire |)asser les Alpes à lainiée française, ou pour auii-, ou pour négocier les armes à la main.
(]e plan (|ui résunuiit toulc la [)oliliijue de Lanuir-