LIVRE TREIZIÈME
aurait donnée à l'un sur les autres. In nom civil neutralisait le commandement de l'armée. M. Arago avait été respecté des militaires, comme la loi plus encore que comme un ministre. Son énergie impartiale avait rétabli et maintenu la discipline. L'armée se recrutait et obéissait aussi bien qu'à aucune autre époque de notre histoire. iMais l'Assemblée approchait; iM. Arago rentrerait peut-être dans les rangs de la représentation ; l'Assemblée aurait besoin de force à Paris et autour de Paris; il faudrait un ministre qui pût à la fois organiser et combattre.
Lamartine ne se faisait aucune illusion sur l'avenir : il savait par l'histoire qu'un gouvernement naissant a des assauts de plusieurs années à soutenir, et que le berceau de ce gouvernement, république ou monarchie, a besoin d'être ombragé de baïonnettes. La démocratie surtout veut être forte, et d'autant plus forte qu'elle est plus voisine de la démagogie. Tous les crimes de l'anarchie viennent de la faiblesse. Le socialisme et le paupérisme, dangers propres à une civilisation trop industrielle, rendaient [)lus évidente pour tous les yeux la nécessité d'armer vigoureus(3ment la Républicjue.
Lamartine couvait pour cela depuis longtenq)S tiois pensées : la première était une armée puissamment organisée et disposée sui* h; tciritoire (mi trois grands corps se servant d'appui les uns aux autirs, cl pouvant dans leurs évolutions larges et i'a|)i(l(\<, non pas seulement réprimer ici, ou là, telle ou lelh' euieule, mais
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manœuvrer en grand dans toute retendue du territoire français, sur des pivots assis d'avance coniuie dans les grandes guerres civiles romaines. Trois généraux devaient commander ces trois corps : Tun à Paris et dans le rayon inmiédiat de Paris, l'autre à J5ourges et dans les provinces voisines, le troisième, de Lyon à Marseille.
La seconde pensée était la formation d'une réserve de trois cents bataillons départementaux de garde mobile, armés, disciplinés, équipés, exercés, encadrés , mais restant dans leurs foyers et n'en sortant ({u'à l'appel du conseil dé[)artemental, du préfet ou du gouvernement pour les cas soudains do troubles ou de guerre intestine. C'était la fédération anti-socialiste et anti-anarclii((ue instituée et mobilisée d'avance entre les mains d(»s départements. En cas de défaite à Paris, l'ordre social retrouvait, indépendamment de l'armée, trois cent mille défenseurs et pouvait étouffer en huit jours la sédition sous les murs de Paris. Au lieu d(; l'armée révolutionnairiMle 1793, c'était l'aimée républicaine de 1848, protégeant partout Tordre, la |)ropri(!lé, la \ ie de^ citoyens contre la terreur, et la dislocation de Tempiiiv Va\ cas de guerre étrangère, ces trois cents bataillons entraient en seconde ligne sur nos frontières et dans nos places fortes, et rendaient libre tout le reste de l'armée.
l'inliu , sa tioisième pensée clail de donner à la l{epul)li(pie et à rAssend)lée nationale un nunislre de la guern^ soldat et républicain, (pii lit aiiiiei' la Repu-