LIVRE TREIZIÈME
tables du peuple après en avoir été les instruments et les complices. Il aiïecta plus de terreur et de découragement qu'il n'en éprouvait, afin de leur en inspirer à eux-mêmes et de reporter par eux la terreur et le repentir dans l'âme des conspirateurs de ce mouvement.
Ces collègues parurent émus et décidés à s'interposer, s'il en était temps, entre les meneurs de la manifestation projetée et le gouvernement. Flocon qui pensait comme Lamartine, bien qu'il fut plus lié que lui avec les partis extrêmes, jura avec loyauté qu'il détestait de pareils projets, et qu'il ne trahirait jamais en s'y associant la foi que les membres d'un même gouvernement, quoique séparés quelquefois de vues, se devaient entre eux. La séance finit par ces adjurations de Lamartine adressées au dehors plus qu'au dedans, et par cette franche déclaration de Flocon.
Le lendemain, Lamartine apprit par Louis Blanc et par Albert que leurs instances pour prévenir la manifestation avaient été vaines , mais les meneurs subalternes leur avaient promis de faire des elforts pour modérer le mouvement, poui- le désarmer, et pour lui enlever tout caractère de violence. Lamartine répondit à ses collègues avec (lésesj)oir, que la violence était dans le rassemblenuMit hii-mème; (|ue le poids de la masse et du nond)re était une arme
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trop suffisante contre un gouvernement désarme; que le peuple allait violer lui-même et perdre bientôt ce (in'il avait conquis, s'il allli.^eait, contraignait et scandalisait la Hopublicpie par des journées semblables et pires peut-être que celle du 1 7 mars.
Mais le mot d'ordre était donné, le sort était jeté; il était trop tai'd pour (jue les chefs, (juels (\uïW fussent, eussent le pouvoir de contremander et de dissoudre le mouvement. Louis IManc et Albert en [)aiaissaient profondément attristés eux-mêmes. Lamartine et ses collègues les plus intimes se résignèrent à recevoir l'assaut qu'on leur annonçait et livrèrent à Wwn et au peu[)le la destinée du lendemain.
Cependant, (juoi(|uo désarmés, les membres du gou\ernement avertis, ne négligèrent rien individuellement par leurs intelligences dans les dilférents groupes des factions, dans les ateliers nationaux c\ dans les grands faubourgs de Paris, pour decouragiM- le peuple de l'attentat au(juel les menées souterraines des clubs et des conciliabules socialistes et terroristes s'eiïorçaient d«' rentraîner. (larincr-Pagès , 1)uc1(MT, Pagnerre, au ministère des linanc(^s; Marie aux atcliiM's nationaux; Mari'asl à rilnld de \'ill(> liniiMil sur pied les moyens (robserNalloii , diidlmMice, et d(* force volontaiie «loul ils p()u\ai(Mit disposer. Lamartine passa une parties de la nuit à ré|)andr(^ des émissaires
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dans lo faubourg Saint-Antoine, dans le quartier du Panthéon , et dans les banlieues , pour donner l'éveil et le mot d^ordre aux bons citoyens, aux chefs d'ateliers, aux entrepreneurs, aux logeurs, aux chefs honnêtes et influents de ces différents quartiers. Il fit appeler aussi les officiers de garde nationale nommés et non encore reconnus par leurs compagnies dont il était sur; les jeunes gens des écoles dévoués à l'ordre et influents sur leurs camarades; quelques élèves de l'Ecole Polytechnique remarquables par leur intelligence, leur activité et leur bravoure, qui lui servaient d'aides de camp dans les circonstances critiques, tels queMM. Jumel, Baude, Maréchal, etc.; il les informa des projets du lendemain et les employa toute la nuit dans Paris , à prévenir, rallier et armer les citoyens et les tenir prêts à accourir au premier coup de canon ou au premier coup de tocsin à l'Hôtel de Ville.
L'Hôtel de Ville était la position à conquérir ou à défendre dans toutes les révolutions, le berceau ou le tombeau des gouvernements, le signe de la victoire ou de la défaite. Lamartine était résolu de s'y enfermer, et d'y soutenir le siège de la grande insurrection, j)réparéà y périr ou à y triompher, selon que le peuple averti se lèverait ou ne se lèverait |)ns au bruit du con)bat.
MAL Marrast, Buchoz, llecurt, Barthélcmy-Saint- Hilaire, homme aussi rénèchi (piiiitrépide, Flottard , le colonel Rey et les principaux chefs (Tadministration (le la ville de l^iris ètai(Mit avertis; ils se prémunis-