LIVRE TREIZIÈME
de-Mars au nombre de cent mille liommes, de s'y transporter à midi, d'en prendre la direction, de marcher par les quais, en soulevant sur leur passage la population flottante de Paris, sur THotel de Ville, de s'en emparer à main armée, d'expulser le gouvernement provisoire , de le décimer des membres de la majorité qui leur répugnaient le plus, tels que Lamartine, Marie, Garnier-Pagès, Marrast, Dupont de l'Eure. Ils avaient déjà nommé, à la place de ces hommes, un comité de salut public composé de Ledru Rollin, Louis Blanc, Albert, Arago, qu'ils supposaient à tort incliner vers le parti extrême. Ils y avaient adjoint les noms des princii)aux chefs de factions ou de sectes terroristes ou socialistes qui représentaient les violences de gouvernement ou les bouleversements de la société. Après s'être défaits ainsi de la majorité du gouvernement qui les contenait, ils devaient (chose étrange!) marcher sur le club de Blanc; ui et se débarrasser également de ce tribun rival qui les intimidait.
Cette dernière circonstance n'étonna point Lamartine; il savait que Blanqui était la terreur des terroristes moins populaires et moins audacieux que lui : il était logique à eux de profiter d'une seule insurrection pour s'allVanchir à la fois de leurs adversaires dans le parti modéré du gouvernement , et de leur ennemi dans le parti désespéré de la démagogie.
Blancjui, selon toute a|)parence, savait ce (]ui l'attendait; mais il n'en feignit pas moins de s'associer au mouvement qui se préparait pour le lenilemain
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contre Lamarline et ses amis. II est présiiinahle que lîlaïujni ne voulut pas avoir l'apparence de rester, lui et son parli, en arrière de ceux qui voulait le devancer dans la révolution. Il pensa peut-être que, le mouvement une fois lancé, il reprendrait le pas sur ses rivaux, et que son nom les écraserait sous une popularité ramassée plus bas dans le peuple. Il rassembla donc aussi son club et se mit en permanence armée comme les autres conspirateurs.
Au |)oint du jour, Lamartine vit les groupes successifs de la manifestation s'avancer par petits détachements i\c (juinze à vingt hommes précédés de tambours et de drapeaux j)ar les ])oulevards. Ils se rendaient, conduits par quelques meneurs mieux vêtus, délégués des clubs, an rondoz-vous du Champ-de-Mars. La plupart ignoraient complètement le véritable objet du rassemblement. Le prétexte était je ne sais (juel sci'iliu préparatoiie j)oiii' la désignation de candidatures d'ouvriers.
DMuMire en lieure, des émissaires apostés apportaient à Lamartine des informations sur l'élal du (]hamj)-(l(^- IMars et sur hi marche et la physionomie du rassemblement : il s'élevait, vers onze heures, à environ trente mille hommes. On commençait à y jiarler de marcher à deux heun\s sur rnot(>l d(* Vill(>; mais les clul)s n'y étaient pas encore, et les masses |)araissai{Mil Ilot tantes