LIVRE TUEIZIÈME
et peu animées. Les ouvriers des ateliers nationaux, inspirés par iMarie, et les émissaires nombreux de Lamartine décomposaient les groupes à mesure qu'ils se formaient et les décourageaient de la sédition. Sohrier lui-même employait ses amis à déconseiller tout excès.
Les choses en étaient là, et Lamartine attendait pour agir des informations plus précises et un commencement d'exécution, quand on lui annonça la visite du ministre de l'intérieur. Lamartine savait , comme on vient de le voir, que le nom de M. Ledru Rollin était de ceux dont l'insurrection projetée composait son comité de salut public. Il savait de plus que les chefs politiques des sectes socialistes, les hommes de coup d'État populaire du club Barbes et du Club des Clubs s'agitaient autour du ministre de l'intérieur, cherchaient à accaparer son influence et son talent , et s'efforçaient de l'entraîner dans des résolutions contraires à l'unité du gouvernement et à la paix de la République. Lamartine, sans liaison préexistante avec son collègue, n'aurait trouvé ni loyal de le soupçonner, ni convenable de l'informer des rumeurs injustes semées autour de lui sur ses liaisons avec les conjurés; il l'attendait : il ne se trompait pas.
M. Ledru Rollin l'informa des renseignements (pi'il avait reçus lui-même pendant la nuit : le projet do manifestation armée, le gouvernement [)rovisoir(' cpuré, le comité de salut public institué, son propre nom usurpé malgré lui par les factieux, son indii^naliou (h»
ce qu'on le crût capable de prêter ce nom à des complots contre ses collègues , sa ferme résolution de mourir plutôt que de s'associer à aucune trahison.
(( Dans quelques heures, ajouta-t-il, nous allons être u attaqués par plus de cent nnllo hommes. Quel parti « prendre? Je viens me concerter avec vous parce « que je sais (juc vous conservez le sang-froid dans « la rue, et que les extrémités ne vous troublent pas « le cœur.
« — Il n'y a pas deux partis, répondit Lamartine on « se levant et en tendant la main à son collègue, il n'y « en a (lu'iin : il faut combattre ou li\rer le pays à u l'anarchie, la l^épublicjue aux aventuriers, le gou- « vernement à l'opprobre. Vous êtes ministre de Tin- (» térieur, vous êtes loyal et résolu , vos attributions « vous donnent le droit de faire battre la générale « dans Paris et d'appeler la garde nationale aux « armes. Ne perdons |)as une minut(\ Allez de ce pas (( donner ordre de faire lever les légions. Moi, je vais a faire lever les bataillons de garde mol)ile (pii pou- « vent être en état de cond)attre. Je m'enfiM'merai (( dans rilnl(^l de Ville avec ces deux ou liois balail- « Ions; j'y soutiendrai l'assaut de l'insurrection De « deux choses Tune : ou la garde nationale, encore « invisible, ne répoudra |)as à ce rajipcl , cl alors (( rilnlel de \ illc scia ciui)()rtc cl J(^ pciiiai à mon « p()sl(v, ou bien \c lappcl cl hi fusillade^ feront voler (( la garde ua(i()ii;d(» au serouis du gouvernement <' alta(ju6 dans ma [)crsonue à l'Ilnlel de Mlle, et