LIVRE TREIZIÈME. 2'J
Pendant ces délais forcés, le généi*al Changarnier, que Lamartine avait nommé ambassadeur à Berlin, était venu demander le ministre à l'hôtel des affaires étrangères pour l'entretenir de quelques détails relatifs à ses instructions. Madame de Lamartine avait reçu le général; elle l'avait informé de ce qui se passait; elle lui avait dit que la présence et le concours d'un officier brave et renommé serait vraisemblablement d'une grande utilité en ce moment à son mari à rilôtel de Ville, et d'un puissant effet sur le moral des jeunes soldats. Le généial avide de péril et d'occasion de signaler son ardeur venait d'arriver à l'IIcMel de Ville au moment où Lamartine y entrait lui-même accompagné du colonel Callier et de son chef de cabinet Payer, depuis représentant du peuple, toujours attiré par le danger.
M. Marrast attendait ferme et impassible l'insurrection annoncée. Lamartine l'instruisit des détails qu'on vient de lire, de Tordre d'appeler la garde nationale aux armes, donné par le ministre de l'intérieur, de l'arrivée prochaine des quatre bataillons. Le général Changarnier, Marrast et Lamartine se concertèrent pour la meilleure disposition possible de cette faible trou[)e. Il fut convenu ([u'au lieu de laisser ces bataillons , qui ne comptaient pas quatre cents baïonnettes chacun, sur la [)lace, où ils seraient noyés dans des milliei'S d'assaillants, on les ferait entrer dans les cours et dans les jardins intérieurs de l'hôtel [)rolégés par les grilles. Le général, prenant la direction supé-
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rieiire des forces renfermées dans les rnurs, fut admirable de présence d'esprit, d'élan, d'activité, de confiance, ce Si vous me répondez (jue nous tiendrons « trois heures, je vous réponds du réveil des bons « citoyens et du succès définitif de la journée, lui dit « Lamartine.
« — Je réponds de sept heures, » répliqua le général Changarnier.
Marrast avait le courage calme et patient des hommes qui ont beaucoup lu et j)ratiqué l'histoire des révolutions. Ses amis, Bûchez, Flottard, Hecurt , le colonel Rey, avaient groupé dans Fliotel ou aux alentours un bataillon de volontaires de la révolution appelé les Lyonnais, et un certain nombre de volontaires des quartiers voisins. Lamartine les fciisait entrer successivement, les haranguait, les enllammait du feu de la passion (jui l'animait lui-m^me pour rintc'^erité de la Républi(jue. Le général Chanaarnicr l(>s dislribuait ensuite à tous les j)oslos. Lamartine l'avait engagé à se ménager la possibilité d'une sortie faite par le derrière du palais, afin de j)rendre l'insurrection en queue par le quai an moment où la garde nationale ratta(|uerait par le pont Saint-Michel. Les bataillons de garde mobile arrivèrent un à un : ils saluèrent d'acclamations Lamartine : il les avait formés : ces enfants raimaienl comme imc lii^iiri^ vue et entendue les premiers jours de la n^volution, comme leur créateur et leur j)atron d(»puis, dans le gouvernement.