‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 143 sur 216 · LIVRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIÈME

Cependant des messages nombreux envoyés par Lamartine aux écoles, aux banlieues, aux ouvriers des carrières de Belleville, au Panthéon, allaient presser l'arrivée des bons citoyens. D'autres messages venant du Champ-de-Mars rapportaient que Tarmée des insurgés défilait déjà en colonne immense sur le quai de Chaillot. On n'entendait nulle part battre le rappel. Lamartine, inquiet de l'hésitation dont il avait été témoin à l'état-major, communi(|ua ses inquiétudes au général Changarnier et à ]\L Marrast. Tous les trois convinrent de faire donner de nouveaux ordres par le maire de Paris. Ces ordres écrits par M. Marrast partirent et furent surabondamment exécutés partout. On a dit que des contre-ordres avaient été donnés après le départ de Lamartine des Tuileries, et (jue de là dérivait la lenteur avec laquelle ce rappel avait été battu dans différents quartiers et la nécessité des nouveaux ordres envoyés par ^L Marrast de rHotel de\ille. Quoi qu'il en soit, les citoyens volaient de toutes parts aux armes.

Lamartine^ certain désormais que le ministre de l'intérieur lui-même avait donné cet ordre et engagé sa responsabilité dans la cause de l'unité et dv rinléurité du gouvernement, adopta politiciuement pour mot d'ordre de la journée et de toutes ses harangues au\ trou[)es, aux députations, au peuple armé qui accou-

300 RÉVOLUTION DK 1848.

rait sur la place, Funité du gouvernement. Le gouvernement déchiré en deux à onze jours des élections lui paraissait déchirer l'unité de l'élection et l'unité de la Répid)Ii(jue elle-même. Il éloulla ses ressentiments et ses ombrages dans son cœur, pour ne faire entendre que le cri de la concorde apparente ou réelle entre toutes les parties de l'opinion républicaine. Le brave Château-Renaud étant entré à l'IIotel de Ville à la tôle d'une colonne de volontaires armés, qui appelaient à grands cris Lamartine dans la cour pour les passer en revue, il descendit suivi de Payer et leur parla :

« Citoyens, leur dit-il , on avait annoncé aujourd'hui « au gouvernement provisoire un jour de danger pour (( la l{épul)li({ue; nous étions surs d'avance que ce « jour de danger serait un jour de lrionq)he j)our la « patrie et pour l'ordre. Je sais, par une expérience « récente, et je puis le reconnaître au visage de plu- « sieurs d'entre vous, à l'énergie à la fois intrépide et « modérée (pii forme le fond du cœur des citoyens (( armés de la capitale, (juo nous |)()u\ ions compter sur « eux. La France qui se résume momiMitanemenl dans c( le gouverncMnenl, n'a pas l)esoiii d'une autre garde, «d'une aulie aiinéc^ (jue celle armée volontaire. « spontanée (jui se foiine (F(>lle-nuMne, non pas au « premi(*r coup de lamboni-, cai- nous étiez armés « avant \c raj)pel, mais (pii se forme (Felle-méme à la t( |)remière rumeur du danger pour l.i patrie et pour « l'ordre public.

« Citoyens, le gouvernement provisoire tout entier

Page 1