‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 148 sur 216 · LIVRE THEIZIËME · texte numérisé non relu

LIVRE THEIZIËME

Les membres de la majorité du gouvernement avaient passé celte grande journée en permanence à l'hôtel des finances, afm de pourvoir aux éventualités et de ne pas être enlevés du même coup de parti. Ils se réunirent pour prendre leur repas ensemble le soir à dix heures chez le ministre de la justice, M. Grémieux. Ils s'embrassèrent comme des naufragés qui ont retrouvé le bord.

Pendant le repas, des députations de gardes nationaux des légions à qui le jour n'avait pas suffi pour défiler devant l'Hôtel de Ville vinrent leur demander de défder aux flambeaux sur la place de Grève ; ils y consentirent et s'y rendirent. Lamartine seul, accablé de lassitude et épuisé de voix, ne s'y rendit pas.

Les légions dont quelques-unes ne comptaient pas moins de vingt-cinq et trente mille hommes sous les armes, parcoururent Paris une partie de la nuit, aux cris de vive Lamartine! à bas les communistes! Ancim désordre n'attrista ce réveil du vrai peuple. La sécurité rentrait avec ce cri dans la demeure et dans l'esprit des citoyens. Les clubs communistes et déningogiques furent consternés, déserts, muets. O^h^Ujucs gioupes d'enfants, écho toujours déi)ravé des voix po|)ulaires, allèrent vociférer des cris de vive Lamartine! à basCahct! sous les fenêtres do ce chef de secte. Lamartine informé

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aussitôt envoya dissiper CCS groupes injuricux.il écrivit à Cabct pour lui ofTrir asile à lui et à sa famille dans sa propre maison.

Telle fut la journée du 11) avril, le premier grand coup d'État du peuple lui-même contre les conspirateurs, les démagogues, les dictateurs, et les barbares de la civilisation. Paris respira, et la France eut la conscience de son salut.

Mais le 1G avril n'était ({u'un symj)lnme accidentel. La majorité du gouvernement voulait savoir si ce symptôme se renouvellerait en ordre à sa voix, et si la fusion spontanée de tous les éléments de la garde nationale présenterait un point solide et fixe d'opinion et de force à la République. Les bons citoyens avaient I)esoin (Fétre rassurés, les factions d'être iuipressionnées, FEurope d'être intimidée par un grand acte de vie de la nou vel le Képubli(jue. Un cri public demandait une revue générale de toutes les baïonnettes volontaires dévouées à couvrir la patrie et la société. Le peuple d(* Paris conuuençait à désirer le retour des trouj)cs dans ses murs; l'immense majorité du gouvernement soutirait de l'éloignement de l'armée; on désirait la faire rentrer insensiblement dans le cadre national dont la fatalité et la prudence l'avaient momentanément écartée. On voulait ({u'elle y fùl rapjielée |)ar l'enthousiasme et non imposée par la contrainte ; on cherchait une occasion de réhabituer VœW du juniph^ à la présence, à l'éclat, à l'amour des troupcîS. Le gouvernemenl unanime dans cette pensée ce jour-là, indi(jua une revue générale de

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