LIVRE QCATOIIZIÈMË
« n'eût point été étouffé dès l'origine, s'il se fût dé- « veloppé énergiquement en s'étendant à l'Italie, à la « Suisse, aux puissances rhénanes germaniques, il « pouvait se changer en un système de progrès libéral « des peuples du midi et de l'est, et créer une famille « de nations et de gouvernements démocratiques in- « vulnérable aux puissances absolues. Mais , pour a cela , il fallait à la France un gouvernement qui osât « avouer son principe : la cour des Tuileries ne trace vaillait qu'à effacer ou qu'à faire oublier le sien. « Des ambitions purement dynastiques couvées et ré- « vélées souvent par le gouvernement français rclati- « vement à l'Espagne, ne devaient pas tarder à ruiner « au détriment de la France et des peuples libres cette « alliance anglaise briguée par tant de complaisances, « trahie par tant d'égoïsme.
a La question d'Orient, sur laquelle la politi(iue K entière du monde pivota de 1838 à 1841 , fut la « première occasion de refroidissement et bientôt de « conflit diplomatique et d'aigreur entre les deux « gouvernements. Vous connaissez cette négociation « (|ui ébranla la paix, qui arma l'Europe et ([ui finit « par la honte et par la séquestration de la France.
« L'empire ottoman se décomposait. Le pacha « d'Egypte, profitant de sa faiblesse, envahissait la « moitié de l'empire, substituant la tyrannie arabe à « la tyrannie turcpie. Le vide creusé en Orient par la (( disparition de la Turcpiie, allait être inévitablement « comblé ou par l'islamisme sous un nutre nom, celui
3o8 RÉVOLUTION DE 1848.
« d'Ibrahim, ou ])ar roninipotence russe, ou par Toiii- {( nipotence anglaise. La France avait trois manières « d'envisager la question d'Orient et de la résoudre : « ou soutenir franchement l'empire ottoman contre le « pacha révolté et contre tout le monde; ou s'allier (( avec la Russie en la livrant à sa pente vers Constance tinopic, et obtenir à ce prix une alliance russe et a des compensations territoriales sur le Rhin; ou s'al- « lier avec l'Angleterre en lui cédant le pas en Egypte, « sa route obligée vers les Indes, et resserrer à ce prix « l'alliance anglaise, en recevant en échange des avants tages continentaux et de grands protectorats Udu- « çais en Syrie.
c( Le cabinet des Tuileries ne sut pas être franc, et « n'osa pas être ambitieux. Il abandonna la Turquie à « son agresseur, puis il abandonna cet agresseur « lui-même à la Russie, à l'Angleterre, à l'Autriche; « il s'aliéna à la fois tout le monde : empire ottoman, « liussie, Angleterre, Prusse, Autriche. Il reforma (( j)ar sa propre folio la coalition morale du monde « contre nous. Tout finit par la mise hors l'Europe du « cabinet français, et par la note du 8 octobre, aveu (( do fail)l(\<s(^ après des actes de défi, acceptation (( d'isolomont au milieu de l'Europe reliée en un seul (( faisceau do rossontimonts contre nous.
(( Lo traité do réconciliation du 30 juillet IS'il, a pallia on vain cette situation. Le mariage d'un (f prince do la dynastie française avec une héritière éven- « tuelle de la couronne d'Espagne, était dès lors la