LIVRE QUATORZIÈME
« ne lui laissait que le choix entre une guerre extrême <c d'un contre tous, ou l'acceptation du rôle subal- « terne de puissance secondaire en surveillance dans « le monde européen; condamnée à languir et à s'hu- « milier un siècle sous le poids d'une dynastie à faire {( pardonner aux rois , et d'un principe révolution- (c naire à faire amnistier ou à faire trahir aux peujiles. « La République en trouvant la France dans ces confc ditions d'isolement et de subalternité avait deux « partis à prendre : faire explosion contre tous les « trônes et contre tous les territoires du continent, « déchirer la carte de l'Europe, déclarer la guerre, et « lancer le principe démocratique armé partout, sans a savoir s'il tomberait sur un sol préparé pour y gerce mer, ou sur un sol impropre pour y être étoulïe dans « le sang.
« Ou bien, déclarer la paix républicaine et la fra- « ternité française à tous les peuples, afficher le respect « des gouvernements, des lois, des caractères, des « mœurs, des volontés, des territoires, des nations; « élever bien haut, mais d'une main amie, son principe « d'indépendance et de démocratie sur le monde, et « dire aux peuples sans contraindre et sans presser les « événements :
« Nous n'armons pas l'idée nouvelle du fer ou du « feu comme les Barbares : nous ne Tarmons que de « sa propre lueur. Nous n'imposons à personne des « formes ou des imitations prématurées ou incompa- (( tibles i)eut-étre avec la nature; mais si la liberté de
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« toile on telle partie de TEurope s'allume à la notre, « si (les nationalités asservies, si des droits refoulés, si « des indépendances légitimes et opprimées surgissent, « se constituent d'elles-mêmes, entrent dans la famille « démocratitjue des peuples et font appel en nous à la « défense des droits, à la conformité des institutions, « la France est là. La France républicaine n'est pas « seulement la patrie, elle est le soldat du principe « démocrati(jue dans l'avenir.
« C'est cette dernière polit icpic, citoyens, que le (( gouvernement provisoire a cru devoir adopter una- (f nimement, en attendant que la nation résumée en « vous s'empariU de ses propres destinées.
« Quels ont été en soixante-douze jours les résultats « de cette politique de diplomatie armée sur le conti- « nentPvous les connaissez; et l'Europe les regarde « avec un étonnement qui tient moins de la crainte « que de l'admiration.
c( L'Italie, déjà remuée dans son patriotisme par « l'àmc italienne et (lémocrati(|ue de Pie IX, s'ébranle (( successivement, mais tout entière au contre-couj) « du triomj)li(^ du peuple à Paris, l^assurée sur toute (( and)ititi()u françaises hautement et franchement désa- « vouée par nous, cWo (Mubrasse avec passion nos « principes, et s'abandonne avec confiance à l'aveMiir « d'indépendance et de liberté où le principe français (( sera son alliez
« La Sicile s'insurge contre la domination de Napics ; « elle réclame d'abord sa Constitution, britée du refus.
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« elle reconquiert héroïquement son sol et ses cita- « délies; les concessions tardives ne l'apaisent plus, « elle se sépare complètement et convoque elle-même « son parlement, elle se proclame seule maîtresse de a ses destinées : elle se venge de son long assujettis- « sèment à la maison de Bourbon en déclarant (jue ce les princes de la maison de Naples seront à jamais i< exclus des éventualités du trône constitutionnel en « Sicile.
« A Naples même, la Constitution promulguée par « le roi la veille de la République française parait « illusoire le lendemain ; la monarchie assiégée par les « démonstrations du peuple, descend de concessions « en concessions jusqu'au niveau d'une royauté démoce cratique de 1791 .
(( Pie IX, acceptant le rôle de patriote italien, ne (c retient que la domination du pontife et fait de Rome ce le centre fédératif d'une véritable Républi(|ue dont c( il se montre déjà moins le chef couronné (jue le pre- (( mier citoyen. Il se sert de la force du mouvement (( qui l'emporte au lieu de le combattre; ce mouve- (c ment s'accélère.
« La Toscane suit cet exemple. Palerme, Plaisance, ce Modène, tentent vainement de s'ap|)uyer sur l'Au- « triche pour lutter avec l'esprit de vie de l'Ralie, leurs (( princes cèdent, la nationalité triomphe; la dynastie « de Lucques est emportée, Venise proclame sa propre « Répul)Ii(jue, indécise encore si elle s'isolera dans ce ses lagunes ou si elle se ralliera au faisceau repu-
« blicain ou constitutionnel de l'Italie septentrionale.
« Le roi de Sardaii^ne, longtemps l'espérance de (( l'unité nationale en Italie, en même temps que son « gouvernement était la terreur de l'esprit libéral à « Turin, fait cesser au contact de la Révolution fran- (( çaise cette contradiction fatale à sa grandeur. Il « donne en gage une Constitution populaire au libé- « ralisme italien.
« La Lombardie comprend à ce signe que Thcure de « l'indépendance a sonné. IMilan désarmé triomphe (( dans une lutte inégale de l'armée d'occupation cpii « renchaîne. La Lombardie tout entière se lève contre « la maison d'Autiiche. Elle ne proclame encore (juc « son allVanchissement, pour no pas mêler une (jues- « tion d'institution à une cjucstion do guerre. Le cri « de ritalie force le roi de Sardaigne à se dégager « comme le pape et comme la Toscane des vieux traite tés anti- nationaux avec l'Autriche. Il marche en « Loml)ardie; les contingents allluent de toutes parts « sur ce champ do bataille. La cam[)agne de Tindé- (( pendance italicpie se poursuit lentement par l'Italie « seule, mais devant la Suisse et devant la Franco « armées, prcMes à agir si l'intérêt de leur principe ou !( la sûreté de leurs frontières leursend)lent compromis.
a Passez les Alpes; \r> résultats do la j)oIiti(jue du « principe français désarmé ne s'y développent pas « avec moins de logicpie dans les événements et de « rapidité dans les consé(|uences. Ils éclatent au foyer (( mémo i\u [)riii('i[)e contraire.
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«Dès le 14 mars, la Révolution éclate à Vienne : (( les troupes sont vaincues, le palais des empereurs « est ouvert par le peuple pour en expulser le vieux « système, dans la personne de son homme d'Etat le {( plus inflexible, le prince de Metternich. L'assemblée « des notables de la Monarchie est convoquée, toutes « les libertés, armes de la démocratie, sont accordées; « la Hongrie se nationalise et s'isole par une séparau tion presque complète de l'Empire, elle abolit les (( droits féodaux, elle vend les biens ecclésiastiques, « elle se nomme un ministère à elle, elle se donne pour yi signe de sa complète séparation un ministère même « des affaires étrangères.
« La Roheme s'assure, de son côté, une Constitution (( fédérale à part.
« Par ces trois affranchissements divers de la ITon- (( gric, de la Bohème et de l'Italie, l'Autriche révoluce tionnée au dedans, restreinte au dehors, ne règne « j)lns que sur douze millions d'hommes com])actes.
« Trois jours après les événements de Vienne, le 18 « mars, le peuple combat et triomphe dans les rues de « Berlin. Le roi de Prusse, dont l'esprit éclairé et le rt cœur populaire semblaient d'intelligence avec ceux- « là même (jui combattaient ses soldats, se hâte de tout a concéder. Une loi complètement démocraticjue d'é- (( lection est promulguée, avant même que l'Assem- « l)lce constituante soit réunie. La Pologne prussienne « réclame sa nationalité distincte à Posen. L(^ roi y « consent et commence à éi)auchor ainsi la piennère
« base (rune nationalité polonaise, que d'autres évéc( nements auront à grandir et all'erniird'un autre côté.
c( Dans le royaume de Wurtemberg, le roi abolit, le « 3 mars, la censure, concède la liberté de la presse « et l'armement du [)euple.
(( Le 4 mars, le grand-duc de Bade, trop voisin de la « France pour ne pas laisser prendre leur niveau aux (( idées (jui traversent le Rhin, accorde la liberté des ((journaux, rarmcmenl du j)euple , Tabolition des « téodalités et enlin la promesse de concourir à Teta- « blissement d'un parlement unitaire allemand, ce (( congrès de la démocratie germani(]-ue d'où [)eut soi^ « tir l'ordre nouveau.
« Le 5 mars, le roi de Bavière abdicjiH' d remet le « tr(')ne aj)rès des condjats de rues, à un prince (jui (( unit sa cause à la cause populaire à Munich.
« Du G au M mars, même abdicalicMi du souverain ((de llesse-Darmsladl , armement du |)('U|)le, droit « d'association, presse, jury. Code lran(;ais à Mayence, (c tout est accordé.
(( L'électeur de Ilesse-Cassel , dont la résistance à (( l'introduction du principe démocrati(|ue était célèbre « en Allemagne, accorde à son peuple en armes les « mêmes gages ; il y ajoute la concession du i)rincipe (( d'un pailement allcinaiid.
« I/iiisurrection anaclic an diic^ de Nassau la suj)- (( pression des dîmes, l'organisation politi(|ue, l'arme- (( ni(Mit (lu p(Mi|)l(>, le piii'li'iiKMil allciiiaiid.
« Le 1 T) mars, Leipzig s'insurg(^ cl obtient du roi de