‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 173 sur 216 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

VHI.

Tandis que Paris s'enivrait de la sécurité et de la joie que lui inspiraient le retour de la souveraineté nationale et l'harmonie entre les représentants et les dictateurs, une grande question s'agitait dans Tesprit public et surtout dans l'ànie de Lamartine.

Il y avait un intervalle à passer entre l'avènement de l'Assemblée nationale et le vote de la Constitution. Qui décréterait la forme du pouvoir exécutif nouveau? Quelle serait la nature de ce pouvoir intérimaire? Les dictateurs continueraient-ils à l'exercer en présence et sous la sanction de l'Assemblée? L'Assemblée l'exercerait-elle directement et par l'organe de comités sans cesse renouvelés du gouvernement? enfin l'Assemblée le déléguerait-elle? et en ce cas le déléguerait-elle à un seul ou à plusieurs? telles étaient les trois hypothèses qui se partageaient les esprits.

Le premier parti? c'était encore la dictature. Le second? c'était l'anarchie et la confusion du pouvoir : le troisième seul était praticable. On était d'accord presque à l'unanimité sur la nécessité de faire déléguer les pouvoirs par l'Assemblée. Mais là on se divisait : les uns, et c'étaient les hommes récemment arrivés à Paris, les moins instruits de l'état des choses, les |)lus impatients d'un retour aux formes anticpios, vonhiiont ([ue l'Assemblée nommât un seul diclalriii- Icinix)raire, premier ministre en même temps, (pii nommerait

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les autres ministres et qui gouvernerait pour elle.

Le plus petit nombre voulait que l'Assemblée nommât elle-même au scrutin un conseil ou une commission executive du gouvernement , pouvoir intermédiaire et fixe entre l'Assemblée et l'administration. Cette commission nommerait et révocjuerait les ministres; elle serait, en attendant la Constitution, non plus la dictature, mais la présidence colloclivc de la République.

Cette question intéressait surtout Lamartine , et c'était à lui seul qu'il appartenait en réalité de la résoudre. La France, Paris, l'Assemblée, l'Europe, avaient les yeux en ce moment sur lui : on attendait sa résolution, les uns pour ra[)|)laudir et l'encouragor à la dictature; les autres pour l'accuser et le maudire, s'il n'acceptait pas le rôle que Timmense majorité lui décernait.

Il ne. |)Ouvait se dissimulc^r que sa popularité à Paris, accrue jusqu'à la passion au li(ni d'avoir été us(»e par trois mois de gouvernement heureux pendant tant do tempêtes, (jue les dix élections (jui venaient de lui imprimer une sorte de tilre représenlalif universel, (pie les se[)l ou huit millions do voix qu'on lui offrait au besoin sur toul(^ la surface do la Répul)li(|ue , et (Milin la laMMii- de >i\ ou sept ciMils représentants sur neuf ('(Mils, 1(^ desi.i;naicnl el Timposaieul, pour ainsi dire, au choix de rAss(Mnbl('v. comiiie riioiiiiiie de la circonstance et connue le chef uniipio et prédestiné du pouvoir.

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