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Il comprenait mieux qu'un autre, après l'épreuve d'un gouvernement divisé et orageux, les avantages de l'unité du pouvoir intérimaire dans une seule main. Il se sentait la force et se croyait la prudence nécessaire pour manier doucement et fermement ce pouvoir à la satisfaction de l'Assemblée. Il tenait seul les fils de l'Europe : il se flattait de donner à la République un ascendant immense sans allumer la guerre, et par un seul geste énergique préparé et accompli à propos au delà des Alpes. La popularité de tous les bons sentiments publics qui s'attachait à lui, l'attendrissait plus qu'elle ne l'enorgueillissait. Il rougissait d'avoir Ta])parence de l'ingratitude envers sa patrie en se refusant froidement à son appel. La gloire d'asseoir l'Assemblée nationale après l'avoir évoquée, et d'être le premier pouvoir légal après avoir été le premier pouvoir révolutionnaire de son pays, le tentait, le renom de fondateur et de protecteur de la Constitution naissante lui apparaissait séduisant et lumineux dans le lointain de l'histoire.
H n'avait donc en ce qui le concernait (jue de Tentraînement vers ce rôle. Mais l'ambition et la gloire n'étoullaient pas chez lui le bon sens et l'honnêteté. 11 pensait avant tout à la République et à son pays. Or voici ce qu'il se disait à lui-même, et ce (ju'il répondait à ses conseillers , pendant les trois ou quatre nuits d'insomnie où ildélibéra avec lui-même en [)résence de sa conscience et de l'avenir :
« Le sentiment réi)ublicain est faible en France. Ce
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« sentiment est nwil représenté à Paris et dans les dé- « partenients par des hommes qui éloiirnent {\o la « l{é|)ul)li(|ue , et (pii en font horreur ou peur au\ « populations. La Ué[)ul)li(jue est une surprise dont « nous avons fait un miracle , par la sagesse du peuple « de Paris et [)ar le caractère de mansuétude, d'una- « nimité et de concorde cpie nous lui avons imprimé. (( Mais les impressions sont mobiles et courtes (huis « les peuples, surtout en France. A peine la majorité (( de la population (jui s'est jetée par l'enthousiasme (( (le la peur dans le sein de la Répuhliijue modérée, « auia-t-elle reprisses esprits, (ju'ellc accusera ce qui « V'd sauvé et (pfelle se retournera contre les ré|)uv< hlicains. S'il n'y a point de républicains d'ancienne « date alors dans le gouvernement, ou si ces républi- (( cains d(\jà en petit nond)re sont divisés devant leurs « ennemis communs, (|ue deviendra la Républicjue? « et si la l{épubli(pie, seul asile actuel de la société, « succombe (le\;nil (juehjues retours |)récairesel fac- « tices des monarchies usées , que deviendra la France ? « Il ne faut doue à aucun |)ii\ diviser les républicains « à r()iii,Mn(^ même de rinstilutiou républicaine : il '( faut continuer à les contenir, à les modérer, à les ral- « lier le plus longtemps possible , jiiscju'à ce (pie la '( Hépublicpu^ ait |)ris assez do racines i\A\\> h^s fails et « dans les idées pour (iiiployei" indilVerenunent des « républicains d(* toutes les dates avci' les républicains a (le la pii'niicrc liciiic.
« Or, si je [)rends siud le pouNoir des mains d'une
LIVKE QUATORZIÈME. 317
a assemblée non républicaine on peu républicaine, (( que va-t-il se passer? une de ces deux choses : ou « j'expulserai mes principaux collègues du pouvoir, a et alors ce pouvoir épuré sera suspect et odieux à (( tous les républicains d'hier : ou bien j'appellerai « ces collègues au pouvoir, et alors je serai suspect et « odieux à l'Assemblée nationale. Car je ne puis pas « me dissimuler que l'Assemblée ne me nomme qu'à « la condition tacite de les exclure. Ainsi, d'un côté, « je ruine la République en la scindant trop tôt; ou je « déclare la guerre à la représentation nationale en « lui imposant des hommes dont elle a défiance et « peur. C'est là une alternative qu'un homme police tique ne peut accepter, à moins de vouloir perdre la « la République ou opprimer la représentation natio- (( nale de son pays.
« D'ailleurs cette alternative môme n'est pas ad- (( missiblc : car quels sont ceux de mes collègues du (f gouvernement provisoire, mes égaux d'hier, qui u consentiront à être mes subordonnés demain, et à (c engager leur nom, leur honneur, leur responsabilité « dans mes actes? aucun. Je serai déserté par eux ini- « médiatement, et forcé de prendre mes ministres, « soit parmi des hommes inconnus , soit parmi des ad- « versaires avérés de la Répnbli([ue.
« Mais je suppose, ajoutait Lamartine , que j'accepte {( cette alternative fatale, et que je prenne le pouvoir « unitaire qu'on me décerne par les mains de l'Assem- « blée, (pie va-t-il se passer demain? le voici :
37» REVOLUTION DE ISi8.
a Tons mes rivaux dans la minorité du gouvernoinenl a provisoire, tous mes amis même dans la majorité, « tous les républicains, socialistes, terroristes ou mo- « dérés, tous les représentants au nondjre de trois ou « (juatre cents qui ont été élus sous les auspices de ces (( opinions plus démocratiques, vont se constituer en <( opposition puissante dans l'Assemblée , dans la « presse, dans le Luxembourg, dans les clubs, ilans « l'opinion, dans les ateliers nationaux. L'Assemblée « divisée devient à l'instant une Assemblée orageuse. « Les discours et les votes n'y ébranlent pas seulement « l'enceinte, ils ébranlent la capitale et le pays. Les « partis atterrés et muets devant la rej)résentation {( unanime ou presque unanime aujourd'luii . devien- « nent audacieux et insurrectionnels devant une re- « présentation séparée en deux camps. Avant huit « jours d'un tel spectacle donné à Paris, les Oj)inions « seront armées dans Paris même. La rei)résentati()n (( sera menacée.
« Oii ost ma force avant un certain temps pour la « couvrir? dans Tarmée? je n'ai (jue six mille honnnes « dans Paris, et avant (jue j'y puisse rassendjier trente « ou ([uaranle mille soldats, le signal ipie l'Assemblée « donnera pour les appeler sera le signal de l'insur- « rection contrit elle et de sa dispersion.
(( Dans la gardi^ nationale? mais plus de la moitié « de la nouvelle nnlice est dans les mains des repu- « blicains socialistes ou conviMitionnels ; celt(î moitié (( do la garde nationale s'armera pour eux coutro