‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 176 sur 216 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

« Paris, des guides et de tous ces rassemblements « révolutionnaires armés qui ne reçoivent le mot d'orcc dre que des républicains les plus ombrageux. Le (( lendenjain du jour où j'aurai exclu ces républicains « jaloux de leur part légitime dans le gouvernement, « l'Assemblée nationale sera assiégée, vaincue, violée, « contrainte de devenir Tinstrument avili des vaince queurs ou d'ensanglanter l'enceinte où je ne l'aurai c( appelée que pour la livrer à ses bourreaux! »

Cette évidence frappait tellement l'esprit de Lamartine, qu'il ne comprenait pas qu'elle ne frappât pas également tous les hommes d'État qui lui donnaient des conseils plus ambitieux. Mais ces hommes imprégnés de l'esprit des départements ne connaissaient pas l'état vrai de Paris et les forces respectives de l'Assemblée et des factions.

« Les départements accourront, » disaient-ils.

Lamartine ne l'ignorait pas. Mais entre l'arrivée des départements à Paris et le salut de l'Assemblée nationale, il y avait huit jours, et ces huit jours étaient le piège de l'Assemblée et la perte de la République.

Enlin , il y avait un parti fortement conseillé à Lamartine par des hommes plus préoccupés de lui et de sa popularité que de la patrie.

« Retirez-vous, )i lui disait-on, (( déclarez que vous « avez besoin de repos, que vous ne voulez pas faire « [)artie du gouvernement, que votre œuvre est accom- « plie, et que c'est à la France maintenant debout et « réunie à faire la sienne.

t< — Ce parti serait le plus doux et le plus sage pour « moi, répondait Lamartine, je m'envelopperais d'une « popularité facile qui en se désintéressant des diffi- « (Miltés, des fautes et des catastrophes inévitables « pendant ces premiers mois, me réserverait des regrets « et de puissants retours de fortune. Je le sais, je coiï- « nais le branle du temps : mais si je m'efface, l'As- « semblée qui a surtout confiance en moi, épurera à « l'instant tous mrs collègues de février. Elle donnera « le pouvoir à un liommo nouveau ou ancien suspect (( aux républicains. Celte réaction soudaine exaspérera « à l'instant la Républi(|ue. Paris s'insurgera au nom « des républicains proscrits du gouvernement. Les u mêmes malheurs se réaliseront : ils ne porteront |)as « mon nom, voilà loul Mais dans nia con?cienc(\ ma « lâcheté et mon égoïsme en seront également la cause. « Je me serai sauvé et grandi en perdant l'Assemblée, i< la République et mon pays : c'est le contraire qu'il « faut faire. Il faut me perdre et sauver l'Assemblée <c nationale. »

Et il |)rit sa résolution sans se faire aucune illusion sur les conséquences de son sacrifice.

Il savait, comme s'il l'avait lu d'avance, qu'on traduirait son courage (mi lâcheté, son abnégation en soif du |)ouvoir, son esj)ril de concorde en complicité, sa prudence en av(M]glement. Il n'ignorait pas (ju'un gouvernement collectif jinsse entre les imjiatiences naturelles de rAssend)lée et hs résistances séditieuses du peuple, n'iHait (|u'un expediriil hMîiporaire, bi(Mitot

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