‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 178 sur 216 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

par un esprit philosopliique, aventureux, mais de haute portée, M. Reynaud; jM. Ducicrc les finances.

M. Pagnerre, qui s'était signalé depuis le 24 février par d'infatigables services rendus au gouvernement dans le rôle modeste, mais principal, de secrétaire général du gouvernement , conserva cet emploi avec voix déiibéralive. .M. Marrast garda la mairie de Paris, jusqu'à ce que le gouvernement eut modifié cette institution révolutionnaire. M. Caussidière conserva la préfectuie de police. Il y avait à la fois témérité et prudence dans ce dernier choix , nul ne pouvait plus nuire ou mieux servir l'Assemblée nationale que Caussidière. Lamartine le croyait capable des deux rôles; mais il pensait qu'il préférerait loyalement le second. Il y a une telle différence entre servir des factions et servir la représentation de son pays, ([u'une telle grandeur devait, selon Lamartine, tenter un caractère comme celui de Caussidière. L'exclure c'était le rejeter dans la conspiration , son élément natal ; radmetlie c'était le conquérir à Tordre par une honorable ambition satisfaite. Caussidière fut maintenu.

A peine le gouvernement ainsi constitué avait-il (mi le temps de saisir les rênes de fadministratioii brisées et confuses, que les prévisions du Laniailinc s(; réalisèrent et pr()uvèi(Mit trop î\ rAsseniblée C()nd)ieu sa

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sécurité était trompeuse et combien le sol révolutionnaire de Paris pouvait aisément engloutir une souveraineté qui lui répugnait.

Le gouvernement provisoire avait décrété une fête militaire et nationale pour le jour où la représentation serait installée dans Paris. Il voulait cpie Paris debout et armé accueillît la France dans ses représentants paiun salut solennel : il voulait que la représentation souveraine passc\t la revue des innombrables baïonnettes civiques qui devaient se courber devant elle et la proléger ensuite contre les factions : il voulait (ju'une acclamation mémorable s'éleviU d'un million de voix pour reconnaître la souveraineté de la France dans ses représentants. Des dispositions mal calculées par les exécuteurs des préparatifs de cette cérémonie au Champ-de->Iars l'avaient fait proroger au 14 mai. Le sol du Cliamp de la fédération mal nivelé aurait fait courir des dangers à la masse immense de population (|ue cette fête devait rassend)ler. ^

Le 12 mai, hî ministre de Fintérieur, ^L Hecurt, annonça de nouveau cpie la fête serait ajournée par nécessité au 21 mai. Les dejjutations de gardes nationaux (les (lépartemcMits déjà anivées à Paris, s'irritèrent, imiiimiiciMMit , porlùrciil \v\\v> plaintes dans les lieux publics, agitèrent légèrement la surface de Paris. Les cliefs du parti de l'agitation épiènMit de \\v'\\ ces symj)lômes, y vircMit (juel(ju(>s iMéments auxiliaires de perturbation. Les meneurs des clubs, les démagogues partisans dr la i;ii(m r(\ juscpuvlà déçus dans leurs plans

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d'incendie générale de l'Europe, cherchaient un mot d'ordre pour soulever le peuple; ils le trouvèrent dans le nom de la Pologne.

Le peuple, depuis quinze ans, était accoutumé à répondre à ce nom. Ce mot signifiait pour le peuple oppression d'une race humaine et vengeance de la tyrannie. Des hommes importants de l'Assemblée nationale, tels que IMM. Vavin, Yolowski, de Montalembert, étaient les patrons de cette cause. Ces patronages au dedans encourageaient les réclamations du dehors. Cette cause, en ce qu'elle avait de juste et de généreux, comptait sur des intelligences généreuses dans l'Assemblée. Les factieux s'emparèrent de ces dispositions du peuple pour lui conseiller une manifestation en faveur de la Pologne. Ils donnèrent rendez-vous pour le 15 mai à tous les clubs et à tous les amis de la Pologne sur la place de la Bastille. De là, après avoir signé une pétition à l'Assemblée pour demander la déclaration de guerre à la Russie, c'est-à-dire la conflagration du continent et la coalition de toutes les puissances contre la République, ils se mettraient en marche par les boulevards, rallieraient en passant les masses encore tumultueuses de Paris, et viendraient apporter à la barre de l'Assemblée la pétition du peuple.

Les Polonais eux-mêmes, quoique ayant obtenu déjà d'immenses répatriations par Tinfluence de la Républi([ue dans le duché de I^osen et dans la Gallicio, n'étaient pas étrangers à c(î mouvement. Lamarline était informé par des lettres de s(;s agcMits conlidru-

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tiels en PoIoi^mîo, que des émissaires des clubs polonais de Cracovie partaient avec la mission de susciter une pression sui' TAssemblée nationale à Paris, pour la contraindre à déclarer la guerre en leur faveur. Aj)rès ■dxo'iv l'orme ce rassemblement liiniultueux, les meneurs de clubs et les démagogues se proposaient de demander à déliter dans l'Assemblée à l'imitation des délités insurrectionnels dans la Convention les jours de crime.

\j) gouvernement était résolu à s'y 0|)poser. Une pétition apportée par cent mille hommes est une oppression el non un vole. Les paitis politiques, les républicains exaltés ou modérés, voyaient avec la même horreui" ce projet d'émeute déguisée. Ce complot Il avait aucune intelligence dans la garde nationale ni dans la garde mobile. C'était une tentative des partis désespérés, une saturnale de la j)lus basse <lemagogie. Klle alïligeait plus qu'elle n'alarmait le gouvernement.

bifoiiné la veille, mais sans précision par le ministre de rinliMiciir, .M. Hcciirl, h^ gouvornciiieiil manda le piclcl (le p()lic(>. (',anssi(li('i'(> lil répondre (pTil elail malade et (piil ne connaissait lieii (pn iVil de nature à domier dvs ciaintes sérieuses |)our le IcMulemain. Son absence, son siliMice, et son inaction. a\aiit et pendant le ni()ii\ eineiit du 1.') in;ii. e\ eillcreiit des soupeons de coiiiiiveiiee on de tolérance que lien n'a justilies, ni véiiliés de|)nis. Caussidiére était en elVel retenu pai' les snile> dnn aeeideiil de ehe\al. Il était de plus en lutte

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d'attribution et de rivalité avec la mairie de Paris et avec le ministre de l'intérieur. Louis Blanc, Albert et tout le parti socialiste, exclus du gouvernement par Lamartine et par ses collègues, devaient chercliei- à aigrir Caussidière contre une Assemblée qui se séparait d'eux. Les montagnards au nombre de deux ou trois mille hommes qui occupaient la Préfecture de police, et qui s'y étaient fortifiés , tenaient par leurs opinions et j)ar leurs relations aux clubs les plus agitateurs. C'était la démagogie armée, frémissante de se subordonner à la représentation régulière du pays.

Le milieu dans lequel vivait ainsi Caussidière était un milieu d'opposition aigrie par les socialistes détrônés, de faction occulte afiiliée aux démagogues. Caussidière fut-il lui-même instigateur et complice? je ne le crois pas. Fut-il aussi vigilant et aussi actif (ju'il l'eut été dans une autre disposition d'esprit? je n'oserai pas laflirmer non plus. Il ne crut sans doute (ju'à une légère émotion (pii incjuiéterait l'Assemblée, et (pii ferait sentir son inq)ortance aux nouveaux venus des départements. Il fut étonné le lendemain de la gia\ ité du résultat; il se désintéressa trop; il ronlorma ses forces à la Préfecture de police pour attendre : non complice, non coupable, mais non sufrisannucnl indigné peut-être d'une liumilialion de la représ<Mila(i()ii nationale.

Le gouvernement employa une paitie de la niiil à donner les ordres les plus circonstanciés au ircncia!

Courtais, coninianclant de la garde nationale, et aux généraux Tempourc et Foucher, le premier commandant la garde mobile, le second commandant des troupes de Paris.

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