LIVRE QUINZIÈME
leurs bancs, en découvrant leurs poitrines, et en faisant des gestes de défi aux séditieux. Des interpellations tragiques s'échangeaient de toutes parts entre les chefs démagogues qui se pressaient au pied de la tribune et les représentants de tous les côtés. Il n'y avait alors ni gauche ni droite dans l'Assemblée; aucune intelligence secrète n'était établie encore entre les démagogues du dehors et les représentants : il n'y avait d'autre parti que celui de l'indignation. Ledru Rollin, Barbes, Louis Blanc, exprimaient par leur contenance et par leurs gestes autant d'afUiction et de dégoût contre cette salurnale du peuple, que les membres des autres partis de l'Assemblée. On voyait ces députés, populaires de nom, abordés par les envahisseurs et cherchant à les apaiser, à les dissuader de leurs mauvais desseins. On faisait appel à leur intervention, comme pour s'interposer entre le peuple et l'Assemblée. Ces représentants sollicités ainsi par leurs collègues jetaient quelques mots dans un esprit de répression; mais le tumulte couvrait toutes les voix et confondait tous les rôles, (^'était une mêlée de gestes et de cris, une bataille d'hommes désarmés, un tourbillon d'éléments confus (jui emj)ortait tout, mémo ceux qui l'avaient créé. Plus d'une heure s'écoula ainsi avant (ju'un silence de lassitude piH j)ermettrc à la foule et à la représentation confondues, rap[)arence, non d'une délibération, mais d'un dialogue, ou d'une protestation (|ueIcon(|ues. 1/excès de Tanarchie avait paralysé Taction d(^ ranarcliic ellc-inrmc
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Pendant ([uc ces scènes se déroulaient dans la salle, d'autres scènes se passaient, ï)1us scandaleuses et plus sinistres encore, auloui- du l)ureau et du fauteuil du président. Des insurgés s'en étaient emparés en se hissant des mains et des pieds sur la tribune; les uns y agitaient des sabres nus, les autres des drapeaux de clubs; deux hommes en uniforme, l'un d'oflicier de garde nationale, l'autre de |)ompier, s'\ faisaient remanpier par Finsolence et par le cynisme de leurs gestes et de leurs vociféiations. Des bandes de démagogues à figure velues, a\inécs, se disputiiiciil la tribune, essayaient d^• jeter (juclques mots étonlVes dans les applaudissements ou dans les clameuis, et s'y renversaient tour à tour. D'autres donnant un perpétuel assaut au bureau des secrétaires et au fauteuil, proféraient d'horribles menaces contre le président • ils lui enjoignaient de donner la parole à leurs orateurs, ils lui défendaient, sous peine de massacre de l'Assemblée, d'appeler la garde nationale au secours de la représentation.
Le président, digne, calme et intrépide pour luimême, était placé dans une anxiété et dans une contrainte d'esprit (pii explicjue son inaction a|)|)arente. S'il n'a|)pelait pas la force j)ubli(pu\ il niinujuait à sa responsabilité d(3vant l'Assemblée; s'il l'appelait, il compromettait peiil-(''li(» la \ie de neuf cents repré-