LIVRE QUINZIÈME. iOI
sentants à la nieici d'une horde innombraljlo. D'ailleurs la force publi(jiie existait-elle quehiue part? On disait que la colonne du peuple entrée dans l'enceinte n'était que la tête d'une colonne de cent mille hommes s'étendant du pont de la Concorde jusqu'à la Ikistille. Le général Tempoure commandant la garde mobile était retenu dans une tribune publique, spectateur immobile de ces violences , séparé de ses troupes auxquelles il ne pouvait plus donner d'ordre. Le commandant général Courtais errait dans l'enceinte , entouré des flots du peuple qui lui interdisait d'appeler ses bataillons. Le chef de l'administration de la guerre Gharras était immobile et consterné. Le gouvernement était ou emprisonné avec Lamartine et Ledru Rollin ; ou éloigné du lieu de la scène au Luxembourg, avec Arago, Garnier-Pagès, Marie : il ne restait à chacun des bons citoyens que son action individuelle. Chacun l'employait selon son inspiration et ses conjectures sur la nature et la masse du mouvement extérieur dont personne ne connaissait exactement la portée. Le président signait tour à tour des ordres portant de ne pas faire battre le rappel et l'ordre secret de marcher sur l'Assemblée; il remettait les premiers aux séditieux pour les apaiser; les seconds à des citoyens affidés pour qu'ils les transmissent aux colonels des légions. Ces colonels recevant ainsi des ordres contraires ne prenaient conseil (|ue du hasaid. l.ainaitine envoya coup sur cou[) par des amis (|u il a\ail dans la foule, l'ordre de faire; battre; U) rappel vi de
402 RKVOLUTION DE iSiS.
rasscni])ler les lop:ions. M. do Chamhoranil , homiiic d'initiative et d'audace, ami de Lamartine, parvint à travers mille dangers à faire exécuter par une légion, sous sa responsabilité et en se livrant lui-même ea otage, l'ordre de battre le rappel. iMais ces ordres n'étaient (pie des avis, portés par des représentants ou par des complices a[)parcnts de l'invasion, (jui pouvaient être détournés ou désobéis. L'Assemblée captive était livrée au hasard de l'événement : un coup de feu , un coup de poignard pouvant changer la saturnale populaire en massacre de la représentation.
Coj)endant, la masse du peuple, plus entraînée (pie coupable, semblait avoir une boiUe instinctive de ses excès et rougir de son propre désordre. Lamartine s'étant porté sur la terrasse du petit jardin (pii domino le quai et la rue de Bourgogne, pour juger du nombre et des dispositions du peuple au dehors , fut accueilli |)ar des applaudissements et des cris de vive Lamartine! Uentré dans les salles (jui |)récèdent l'enceinte et submergé dans les groupes qui s'y déroulaient comme (les vagues, il ne f'il robjcl (raueim outrage. — « Parle/ -nous! conseillez-nous! assistez -nous! lui criaient ces hommes incertains de leur |)ropre esprit. No craignez rien, nous vous couvrirons de nos bras pour ecarliM' l(*s poignards de votie poitrine! »