LIVRE gCINZIÈME
leur résistait obstinément, et déclarait qu'il ne se laisserait à aucun prix imposer un pouvoir surpris par une sédition contre la représentation nationale.
Au môme instant, Lamartine, pressé par une foule tumultueuse dans la salle des Conférences, harani^niait le peuple qui commençait à se retirer à ses sommations. Le mouvement de retraite qui se fit après la pro. clamation de la dissolution de l'Assemblée interrompit ses paroles. Un groupe de sept ou huit bons citoyens mêlés au peuple pour l'inspirer et le contenir entoura Lamartine et le conduisit à travers le jardin dans le palais en construction de la présidence. On le lit monter dans le bureau de l'administration du bâtiment; on ferma les portes; on plaça cpielques braves ouvriers en sentinelle au bas de Tescalier pour détourner les pas de la multitude, si elle venait à s'y présenter; on résolut d'attendre dans l'enceinte même de l'Assemblée nationale, le mouvement qui allait ou consommer ou réprimer l'attentat du jour.
« Si dans trois heures, dit Lamartine à ses amis « inconnus, nous n'entendons pas battre le rappel de « l'autre coté du fleuve, j'irai coucher à Yincennes, ou « je serai fusillé !
— « Cela ne durera pas tant, s'écrièrent ces jeunes « gens indignés, il n'est pas [)ossible (jue la Krance « subisse trois heures une pareille parodie de gouver- « nement. »
Lamartine épuisé de voix ri rnissdanl de sueur, s'assit devant une \)v{'\{r lahle ou les ouM'iers axairiil
ouljlié une bouteille de vin : on ])ut à la prochaine
délivrance de la République.
Le général Courlais, instruit de l'asile où s'était retiré Lamartine, vint frapper à la porte du cabinet; on le lit entrer. Rien dans ses traits ni dans son langage ne trahissait la joie ouverte ou même la satisfaction secrète d'un complice; tout révélait au contraire en lui, le désordre et la consternation d'un honnne llottant entre deux dangers, celui de manquer à son devoir envers la représentation, celui de faire couler le premier sang après une révolution jusque-là sans tache. Courtais demanda conseil à Lamartine devant ces huit témoins : Lamartine lui conseilla de s'évader par les jardins , de se mettre à la léte de la première légion (ju'il pourrait réunir et do marcher sur le palais pour y rétablir l'Assemblée. Il remercia Lamartine, but un verre de vin debout, et s'élança pour faire son devoir.
Un instant après, il rentra; son uniforme de général Lavait fait entourer par le peuple qui inondait les jardins, les cours, et formait toutes les issues. Lamartine lui conseilla de, tenter un dernier ellort; le général redescendit, fendit les attroupements, et voulut sortir par la rue de Bourgogne. Mais pendant qu'il cherchait un moyen d'aller rejoindre et diriger ses légions, les légions soulevées d'elles-mêmes |)ar la rumeur pul)li(|ue et par les émissaires de Lamartine et do ses collègues (lu Luxembourg, se rassend)laiont, marchaient, et allaientarrcler bientôt leur propre général.