LIVRE QUINZIÈME
pressaient autour de son cheval , il se souvenait du 9 thermidor où le parti de Robespierre, quoique le plus nondjreux , fut étouifé dans ce même Hôtel de Ville par son inertie et par la rapide résolution de la Convention et de Barras. H connaissait Barbes pour un homme d'action ; il ne doutait pas qu'entouré déjà de sept à huit mille complices , il n'eut dans la soirée une armée et un gouvernement révolutionnaires, si on laissait trois heures seulement à la sédition.
Le général Courtais venait d'être insulté, destitué, fait prisonnier par ses soldats trompés et indignés de son inaction qu'ils croyaient un calcul. Le général Tempoure avait été séparé de ses bataillons tout le jour et on ignorait s'il était libre. Le gouvernement absent siégeait au Luxembourg assailli par un détachement de l'émeute, auquel Arago, Garnier-Pagès , Mario, opposaient une résistance ferme et triomphante. Le ministère de la guerre était vide. Aucun ministre , aucun général n'était investi du commandement universel et soudain nécessaire |)our ce moment extrême. Lamartine prit sur lui la dictature commandée par cette éclipse totale de pouvoirs militaires réguliers. Il envoya chercher quatre pièces de canon pour forcer au besoin les portes de Tllôtel de Ville. Ledru Hollin et lui s'entendirent d'un mot, à cho\al, poui- donner le commandement verbal de Paris au général Bedeau,
il2 KÉVOLUTIO.N DE 1848.
qu'on fit chercher sur le (|uai du Louvre. Le général Foucher, commandant de Paris, homme modeste, mais de sang-froid et de devoir intrépide, n'avait pas attendu les ordres de Lamartine pour agir. Se portant seul de sa personne au-devant des colonnes de gardes nationaux qui se dirigeaient au hasard sur l'Assemblée , il les avait retournées et conduites au pas de course vers l'Hôtel de Ville, centre de Tinsurrection. Il était entré déjà dans les cours avec quelques grenadiers pour étouffer la révolution dans son germe et affronter les factieux. En attendant, Tentliousiasmo unanime guidait, inspirait, régularisait la colonne d'attaque; elle se grossissait en marchant. Toutes les portes versaient un combattant de plus dans ses rangs, toutes les fenêtres a{)plaudissaient, invoquaient, bénissaient par la main des femmes, des vieillards, des enfants, les vengeurs de la représentation nationale. Paris, consterné, frémissait du triomphe d'une démagogie un moment victorieuse et dont les excès prévus se comparaient, dans l'imagination du peuple, aux crimes de ITO.'L Ce rc^tour si soudain de courage et de succès probable aii\ bons (itoycns relevait le cœur et faisait éclater Tàme en invocations et transports.
A la hauteur de la place du Chàtelet , la trte de colonne s'arrêta refoidée un moment par les masses (|iii ()l)struai(Md l'angle de la place de Grève et du