LIVRE QUlNZIÈMn. i\l
jeune garde national , M. Guillemeteau, avait renversé ^n cavalier sur le Pont-Neuf; ce cheval avait été ramené sur la place par un dragon. Lamartine, presque étouffé au sortir de l'Hôtel de Ville par l'élan passionné vers lui, des gardes nationaux et du peuple, cherchait un cheval pour échapper à la foule, et pour respirer au-dessus de la multitude dans laquelle il était submergé. En passant devant le front du régiment de dragons, il reconnut son cheval et s'élança en selle.
Il revint par les quais à l'Assemblée nationale. Des groupes de peuple enivrés de cette victoire de la vraie république sur une anarchie de quelques heures l'entouraient en battant des mains. La bride de son cheval était tenue par des artilleurs; il était suivi d'un cortège de garde nationale à cheval, de gardes nationaux à pied", de dragons et de citoyens qui se relayaient pour l'acclamer, l'applaudir, serrer sa main, toucher ses habits. Les trottoirs, les débouchés des ponts, les fenêtres, les toits, les terrasses du Louvre et des Tuileries, étaient couverts d'hommes de toutes conditions, de femmes, de vieillards, d'enfants qui battaient des mains sur son passage, qui versaient des larmes, (jui le saluaient de leurs mouchoirs agités de loin, qui jetaient des fleurs sur son cheval. Un seul cri de : Vive la République, Vive l'Assemblée nationale, Vive Lamartine, le poursuivit en se renouvelant depuis les degrés de l'Hôtel de Ville jusqu'aux degrés de la clianibre des députés. Jamais le nom d'un sin)[)le ciloyon adopté pour symbole de l'ordre rétabli, ur fut porté plus
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Jiaul par un pcii])Io pour redescendre quelques jours
après 1)1 us soudainement dans rinipopularilé. ()i\
voyait que, de tous les triofnphes, celui qui enivrait
le plus le peuple français, c'était le triomphe sur
l'anarcliie.
Lamartine en descendant de cheval monta à la tribune. Il annonça à l'Assemblée que son règne était rétabli, et que le gouvernement allait j)rendre des mesures pour punir et prévenir de tels attentats : l'Assemblée se sépara aux cris de vive la liépublique. Les gardes nationaux des banlieues et des départements voisins de la capitale aflluèrcnt d'eux-mêmes la nuit et le lendemain dans Paris, pour venger au besoin la représentation. Dans la nuit le gouvernement réuni au Luxembourg régularisa ce mouvement, interrogea le préfet de police Caussidière, fit arrêter les complices de la sédition , nomma M, Clément Thomas commandant général de la garde nationale de Paris, remplaça les généraux dont l'indécision et l'éloniicment avaient paralysé Ténergie; il leur substitua (les chefs plus actifs et plus poj)ulaires dans l'armée.
Le lendemain, il n(^ restait jdus de trace du mouvement révolutionnaire (jui avait conslcmc la France, si ce n'est parmi les Montaynanls à la Préfecture do police, et dans les casernes de la garde re|)ublicaine.
Ces corps révolutionnaires armés, ([ucî Caussidière