LIVRE QUINZIÈME
avait sous la main pour la sûreté de Paris, mal inspirés par leur connivence avec les clubs ou mal dirigés par Caussidière, avaient manqué la veille à tous leurs devoirs : leur inertie au moins avait abandonné l'Assemblée nationale à ses envahisseurs, rilolel de Ville à la conspiration. Le gouvernement ordonna leur épuration. Les gardes républicaines obéirent aux premières sommations et remirent leurs armes en murmurant. Le corps des Montagnards se forlifia au nombre de trois mille hommes dans la Préfecture de police, ne voulant reconnaître d'autre autorité que celle de Caussidière, et menaçant de soutenir un siège désespéré et de verser des flots du sang de la garde nationale , si on tentait de les déloger de force. Le général Bedeau reçut ordre d'entourer la Préfecture avec six mille hommes de troupe et vingt-cinq mille hommes de garde nationale , pour contraindre ces soldats indisciplinés ou rebelles à la soumission , et pour opérer leur désarmement.
Le général Bedeau les cerna dès le matin. L'exaspération de la garde nationale contre ces complices présumés ou ces partisans secrets dos clubs, était extrême : on demandait à grands cris l'assaut; les canons menaçaient les portes. Ces trois mille soldats de Caussidière avaient des munitions considérables : ils étaient déterminés à faire acheter leur reddition au prix de beaucou[) de sang versé, et à faire à l'extrémité sauter le (piartier.
A deux heures, Caussidière apj)elé une seconde fois
m REVOLUTION DE 1848.
au Luxcmbouri^ par la commission executive refusa de donner sa démission volontaire. Il tint un langage ambigu où Tobéissance et la menace sourde se confondaient sous Téquivoque des expressions et des gestes. Lamartine, qui la veille encore avait été d'avis de garder Caussidière, comme un homme utile, courageux et facile à rattacher par ses bons sentiments et par son ambition au parti de l'ordre dans la liépubliquc, n'hésite plus. 11 sort avec Caussidière, il monte dans sa voiture, il prend avec lui le chemin de la Préfecture de police, il lui représente en route le péril de sa situation, la grandeur de sa responsabilité, la nécessité absolue de donner sa démission, l'estime qui s'attachera à son nom, s'il parvient, comme il lo doit, à obtenir la soumission de son armée sans effusion de sang.
Caussidière savait que de tous les membres du gouvernement, Lamartine, quoique tout à fait étranger à ses antécédents révolutionnaires, avait été le |)lus conliant dans son caractère, et le plus disposé à le soutenir. Il cède à ses rej)résenlations en)preintes d un intérêt non suspect; il autorise LaFuartine à rcj)()rter sa démission au gouvernement ; il s'engage à faire les suprêmes efforts |)()ur dissoudre les Montagnards. Lamartine de son coté, idole ce jour-là dv la garde nationale de Faiis et (h^s départements, s'engage à suspendre rattacjue, et à disposer les citoyens à la temporisation v\ à Tindulgenee j)our l(»s assiégés.
Sur 1(^ pont Saint-Michel, la voiture (jui conduisait