‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 196 sur 216 · LIVRE QUINZIÈME. i · texte numérisé non relu

LIVRE QUINZIÈME. i

vices, et bientôt de sédition, qu'une population de trente-six millions d'hommes agités par une révolution laissait sur ses bords en se retirant.

Le gouvernement provisoire , en alimentant cette masse d'indigence pendant le chômage de quatre mois d'une multitude industrielle accumulée dans une capitale en feu, n'avait jamais eu, comme on l'a cru , la pensée d'en faire une institution. Ce n'était pas une institution, c'était un secours; secours à la fois d'assistance et de politique : car sans ce subside des riches pour nourrir les pauvres que seraient devenues à la fois la propriété et l'indigence? L'une eût été ravagée, ou l'autre serait morte de faim; deux crimes dont un gouvernement prudent pour les riches , cordial pour les pauvres, ne pouvait être l'exécuteur.

Mais, jamais non plus le gouvernement provisoire ne s'était dissimulé que le jour où il faudrait transformer cette institution temporaire , dissoudre ce bloc, déverser cette masse inoccupée, impérieuse , et soldée, sur d'autres parties du territoire et sur dos travaux réels, il y aurait une résistance, un conllit, un choc, une sédition formidable; peut-être du sang répandu.

C'est à cet événement que la commission executive se préparait en silence ; avant d'y exposer TAsscmblée, son devoir était double : adoucir ce choc en opérant d'abord de fortes dérivations par le salaire ollVrt ailleurs, j)ar le travail préparé en grand, par des lois do paupérisme larges et (Tune intention évidente d'assistance au\ misères réelles; et ensuite atta([uor la difli-

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culte avec vigueur, et se prémunir d'une force armée irrésistible pour dissoudre le dernier noyau qui tenterait de résister à la loi , et qui prendrait son oisiveté sans excuse pour prétexte de la rébellion.

Quelques membres de la commission executive s'occupaient activement de la réalisation de cette première pensée, avec M. Trélat, ministre connu et aimé de la partie soulTrante du peu[)le; Lamartine s'occupait surtout de la seconde avec le ministre de la guerre.

Mais l'Assemblée nationale^ récemment arrivée de ses départements, excitée par les ressentiments des hommes aigris contre la République , témoin des vagabondages scandaleux de cette armée nomade des ateliers , peu initiée encore aux difficultés de la situation de la caj)italc, impatiente des temporisations et dos ménagements nécessaires pour amener une dissolution sans catastrophe, s'irritait des lenteurs de la commission. Les journaux des partis monarchi(}ues ne cessaient do dire que les hommes du gouvernement provisoire, dépossédés de leur ambition par la présence de la souveraineté nationale, gardaient, grossissaient, soldaient cette armée (In pan|)érisme pour peser sur la représentation , pour riiilimider, et pour l'assujettir par une menace visible à leur coupable cupidité de domination.

L'Assemblée n'c'Mait pas éloignée de prêter foi à ces calomnies. Pendant (pie le gouvernement se consumait en veilles, en efforts, en prudence, en préparatifs, ])onr licencier sans elînsion do sang, une milice dont il déplorait l'existence et dnnl il réprimait le déborde-

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