LIVRE QUINZIÈME
ment, l'Assemblée voyait dans les principaux membres de ce gouvernement des complices pervers de la sédition. Lamartine et Ledru Roi lin étaient les plus accusés par ces insinuations. Leur présence simultanée dans la commission, malgré leur dissentiment connu sur la marche à imprimer dans le principe à la République, était la preuve, disait-on, d'une odieuse alliance dans laquelle ils avaient sacrifié leurs principes pour associer leurs ambitions.
De là quelques réclamations trop vives, et quelques motions trop téméraires à la tribune de l'Assemblée. Ces motions retentissaient intempestivement au deliors, et elles servaient de texte aux clubs, aux journaux démagogiques et aux orateurs d'attroupements pour calomnier à leur tour l'Assemblée nationale et pour animer le peuple contre l'égoïsme prétendu de la bourgeoisie.
Les factions anti-républicaines et les ambitions cachées sous les dénominations dynastiques, paraissaient concourir aussi au travail de démoralisation ot de sédition qui se manifestait dans l'armée des ateliers nationaux à mesure que le moment de leur licenciement approchait. Le [)réfct de police, ^L Trouvé Chauv(^I, homme nouveau dans ces difficiles fonctions, mais intrépide, infatigable, impartialement hostile à tonte faction, et dévoué avec un sens snpciiiMir cl câline au salut de la patrie, ne se dissimulait îicu do^ daui^MMs de cha(]ue lendemain. Il voyait poindre uur iiouncIN^ faction. Cette faction semblait, vouloir i^randir axcc le
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germe de la jeuDC Ré|)ubli(iiie pour s'y confondre ou pour rétouirer : c'était la faction Bonapartiste.
Cette faction avait, disait-on, l)eaucoup d'agents dans Tarmée des ateliers nationaux. Ces accents étaientils soldés par des subsides volontaires empruntés à des dévouements individuels à la mémoire de l'Empereur? Etaient-ils soudoyés sim|)lement par leur fanatisme pour un grand nom? Était-ce une secte? Était-ce la propagande naturelle et spontanée d'un souvenir vivant dans le peuple et se ranimant de lui-même dans un moment où toutes les pensées se heurtaient dans toutes les imaginations.^ On est porté à croire que l'immense popularité du nom de Napoléon était toute la conspiration. Mais cette popularité, traduite en cris de : Vive r Empereur! et en aspirations ouvertes à une dictature militaire, proclamée par la démagogie, devenait une menace à la République. De nond)reux attrou|)ements se foiniaient tous les soirs sur les boulevards parcourus et harangués par les partisans de Napoléon. Le gouvernement employait avec énergie la garde mobile, la garde nationale, pour les dissoudre : ils renaissaient tous les jours. M. Clément Thomas, commandant général de la garde nationale, prodiguait sa parole, sa personne et sa vie au njilieu de ce peuple ameuté. Le gouvernement s'y portail lui-même. Il proclama la loi contre les attroupements : en une seule nuit. M. Clément Thomas arrêta cinq cents de ces agitateurs. Les attroupements cessèrent, mais le double levain de sédition (|ui couvait dans la faction Bonapartiste et dans la