LIVRE QUINZIÈME. iil
contraire, l'excessive prévoyance de Lamartine. Il n'avait depuis l'ouverture de l'Assemblée qu'une pensée : dissoudre, s'il était possible, puis vaincre, s'il était nécessaire, l'insurrection des ateliers nationaux. Pour que la victoire fut prompte, décisive, écrasante, et par conséquent moins sanglante, il fallait imposer par la masse des baïonnettes à la masse des séditieux.
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Tous les symptômes présageaient un mouvement : il éclata le 22 juin à dix heures du soir. Le gouvernement, averti des attroupements et des clameurs (pie ses premières mesures pour faire déverser une partie des ouvriers sur les départements avaient suscités, se réunit au Luxembourg. Des bandes nombreuses et forcenées avaient déjà plusieurs fois dans la soirée assailli le palais, aux cris de: yl bas Marie! â bas Lamartine ! Ces deux membres du gouvernement passaient pour les plus décidés à dissoudre cette armée do la sédition. Le cçénéral Cavaii^nac reçut le commandement général des troupes et de la garde nationale des mains du gouvernement alin de concciilrcr lo plan , la volonté et l'unité de l'exécution dan.^ un seul chef. Clément Thomas , aussi désintéressé (|ui' brave, concourut lui-même à cette unité; il Fie se réserva que l'honneur de l'obéissance, do rabiiegation et du péril.
.ii2 «ï^:VOLUTION DH 1818.
La nuit fut calme; elle s'écoula dans la prcmédilalion de la défense et de l'attaque. M le parti socialiste ni le parti ultra-républicain ne participèrent par leurs ciiefs ou môme par leurs principaux sectaires à l'insurreclion. Ces lionmies alors, ou faisaient partie du gouvernement, ou le servaient de conviction et d'espérance. Tout indique que ce mouvement indécis, faible, incohérent dans son principe, ne fut organisé, soldé et accompli que dans le sein des ateliers nationaux eux-mêmes : mouvement de plèbe et non de peuple : conspiration de subalternes et non de chefs : explosion de guerre servile et non de guerre civile. Lamartine, en instituant la concorde des républicains dans le conseil, avait soutiré prudemment l'électricité politique de ce nuai^e anti-social : la masse y était, l'iune y maufjuait. Voilà pourcpioi il avorta, mais il avorta dans trop de sang.
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A sept heures du matin, le 23 juin, le gouvernement fut informé (pie des rassemblements de iinil à dix mille honunes se formaient sur la i)lace du Panthéon pour attacjuer le Luxembourii. Il lit aborder ces rassemblements par (pichpies bataillons de la 1 T" lé.uion, dont le colonel était M. Ouinct , et |)ar des bataillons <le ligne. i>L Arago, connu du (piartier, voulut se présenter de sa personne sur la |)lace déjà barricadées 11 harangua les séditieux llottants entre leur respect pour
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lui et leur fureur contre le gouvernement. A dix heures les rasseml)lements se dissipèrent, entraînant avec eux des masses faméliques du 12* arrondissement; ils se répandirent en criant aux armes dans les quartiers riverains de la Seine, dans le Faubourg-Saint Antoine et sur les boulevards.
A leur aspect et à leurs cris, les faubourgs s'émeuvent , les rues se remplissent , les ateliers nationaux descendent des barrières, la populace excitée par quelques chefs armés élève des barricades. Ces chefs étaient en général des brigadiers des ateliers nationaux, suppôts de séditions et de clubs, irrités du licenciement de leur corps , dont le salaire passant par leurs mains et détourné, dit-on, pour cet usage par quelques-uns, solda la révolte. Depuis les barrières de Charenton, de Bercy, de Fontainebleau, de Ménilmonlant, jusqu'au cœur de Paris, la capitale presque entière était désarmée et au pouvoir de quelques milliers d'hommes. Le rappel appelait aux armes une garde nationale de deux cent mille hommes dix fois suffisante pour contenir ces pelotons de séditieux et pour elVacer du sol leurs fortifications. 3Iais, il faut le diie, à l'humiliation de cette journée et à l'instruction de l'avenir, les gardes nationaux ne répondirent pas (Tabord en masse assez décisive à l'appel du gouvernement. Lnir lenteur, leur mollesse, leur inertie dans (jurhjues (juaitiers laissèrent les rues à la sédition. Ils voyaient s'élever d'un œil im[)assil)le ces milliers de barricades qu'ils auraient à reconquérir de leur pr()j)re sang.
444 RÉVOLUTION DE i848.
Le gouvernement avait (juillé le Luxembourg pour se rapprocher de l'Assemblce nationale et pour la couvrii". Il s'était établi à la fois en conseil et en camj), avec le général Cavaignac clans le logement du président de l'Assemblée.
Le général fit, de concert avec le gouvernement, son plan d'o])ération. Il résolut de masser ses troupes comme il avait été convenu d'avance dans le jardin des Tuileries, aux Champs-Elysées, sur la place de la Concorde, sur l'Esplanade des Invalides et autour du ])alais des représentants 11 lit occuper rilùl<'l de Ville par (juinze ou seize bataillons, sous les ordres du général Duviviei', en maintenant ses communications libres pai" les quais. Il donna au brave général Damesme, (pie le gouvernement venait de nonuner commandant de la garde mobile, le commandement du quartier innuense et populeux (]ui s'étend du Panthéon à la Seine. Le général Lamoi'icièi'e, iwcc un pistil nombre de bataillons, lui chargé de coun rir toute la rive gauche de la Seine, de|)uis le Chàteau-d'Kau juscprà la Madeleine : superficie immense (pii eut demandé à elle seule une armée.
Cependant le cond)at venait de s'engager de lui-