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même sur le boulevard. Deux détachements d'intrépides volontaires de l'ordre, de la 1 ^^ et de la 2'^ légions, abordèrent d'assaut deux barricades avancées jusque-là, et moururent héroïquement à ses pieds sous le premier feu des insurgés.
Je ne raconterai pas les différents combats de ces journées, pendant lesquelles les généraux, les gardes nationaux d'élite, les soldats, les gardes mobiles surtout, les représentants et l'archevêque de Paris lui-même versèrent leur sang, couvrirent leur patrie de deuil et leur nom de gloire. Négrier, Duvivier, Lamoricière, Bedeau y Bréa, Bixio, Dornès, Lafontaine, Lcbreton, Foucher, François et tant d'autres ont marqué d'une tache de leur généreux sang les pages où l'histoire retrouvera leur dévouement. Je ne dirai que ce que j'ai vu.
Dès le milieu du jour, les troupes prévenues de si loin, et appelées depuis si longtemps, paraissaient manquer. A chaque minute des citoyens, des maires, des aides de camp, des représentants, accouraient au siège du gouvernement; introduits auprès du général, ils im[)loraient des renforts pour défendre ou reconquérir les différents (piartiers qu'ils représentaient. F.e général ne pouvait donner ce qu'il n'avait [)as. Laniiirline et ses collègues, tout en approuvant la haute prudence du chef militaire qui se refusait à disséminer s(^s bataillons, ne pouvaient s'empêchrr de s'apercevoir de rinsuflisance évidente des troupes. Où (Mai^Mil les vingt mille hommes de ligue dans les cascrucs i\o.
Paris? les quinze mille lioniines des garnisons circonvoisines? les vingt mille hommes de Tarmée des Alpes, sollicités comme réserve depuis treize jours par Lamartine? Le général Cavaignac a parfaitement justifié depuis que le nombre des troupes de ligne dans l^aris, était conforme au nond)re llxé par le gouvernement^ mais dans ce premier moment de confusion, où les exigences de la guerre sur une telle surliice absorbaient et engloutissaient les bataillons, les régiments paraissaient fondre sous les mains. Le camp sous Paris n'était pas même en niarclie. Les garnisons voisines ne pouvaient pas être en si pou d'heures aux barrièn^s, les nécessités prévues la veille n'avaient pas paru assez graves au commandant général pour (ju'il eut appelé encore ;i lui les soldats du rayon dv Paris. On avait com[)té sur la garde nationale (jue le rappel incessant ne parvenait pas à faire sortir en masse de ses maisons, ou que la sédition emprisonnait dans ses (|uarli(MS. Kn résumé, il faut l'avouer, soit fatalité, soit lenteur, Tannée était loin île [)araître répondre par sa masse à I imminence et à l'universalité du danger. Sa faiblesse numéri(juc allait aggraver ce danger. I)ii\ i\ ici' conliiit le ('(riir de Paiis, à rilolel de Ville. Damesme et Lamoricière se multiplièrent et liront des prodiges de résolution d de mouvement avec les poignées de soldats dont ils (lis|)()sai(Mit. A (piatre heures du soir Damesme avait deblayi^ (!l recon(|uis toute la rive gauche d(î la Seine, et tenait en resp(^ct la |)opulation, insurgée eu masse, du (|uarli( r du Panlheon,
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ses rapports arrivés criieure en lieiire au gouvernement répondaient de la nuit et du lendemain.
Lamoricière occupait, invincible quoique cerné par des masses croissantes d'heure en heure, toute la surface qui s'étend de la rue du Temple à la Madeleine , et de Clichy au Louvre. Sans cesse à cheval, volant de sa personne au premier coup de feu, deux chevaux déjà tués sous lui, le visage noirci de poudre, le front ruisselant de sueur, la voix rauque et brisée par le commandement, l'œil fier et serein du soldat qui respire au milieu de son élément natal, il rendait l'élan à ses soldats, la confiance aux gardes nationaux consternés. Ses rapports respiraient l'intrépidité de son ame, mais il ne dissimulait pas son insuffisance de troupes, l'immensité des assaillants, le prolongement des barricades entre la Bastille et le Château -d'Eau , entre les barrières et le boulevard. Il implorait des renforts (jue le gouvernement ne cessait d'appeler par le télégraphe et parles officiers d'ordonnance. Les gardes nationaux de la banlieue commençaient à arriver par délachoments ; à la voix des généraux, ils se rangeaicnl aulouide l'Assembléeet se mêlaient aux gardes nationaux d»^ Paris auxquels ils donnaient l'exemple. Dès (pic le gouvernement vit ariiver ces gardes nalioiianx de la campagne autour d(î Paris, il eut le sentimont de la victoire au milieu même des transes du e()nd)at.
as Rfn'OLUTION DE 18i8.
Le général Cavaignac parut tranquillisé sur le résultat définitif de l'événement en lisant les derniers rapports que ses aides de camp apportaient. L'insurrection était de toutes parts refoulée ou contenue à Fexception du faubourg du Temple , du faubourg Saint- Antoine et des immenses quartiers adjacents, centre d'une population touffue, jadis turbulente, aujourd'hui convulsive. Les soldats, qui combattaient depuis le matin, étaient fatigués ; la nuit devait amener les renforts appelés par le gouvernement. « C'est assez pour (c aujourd'hui, dit-il au conseil. Il faut laisser reposer «les soldats, garder nos positions, recruter nos « forces; demain nous délivrerons la partie de la '( rive gauche qui résiste encore. » — Cet avis avait des motifs plausibles; les troupes étaient rares, décimées, exténuées; mais si la nuit devait amener des défenseurs, elle devait aussi entraîner tous les quartiers populeux dans la sédition, multiplier les l)arricades, les changer en forteresses et nécessiter des flots de sang de la garde nationale et de l'armée pour les reconquérir. Lamartine en lit l'observation au général et au conseil : « Nous avons encore (juatre heures tf de jour, dit-il, et toute une longue nuit : ne les iais- « sons j)as à l'insurrection. PréviMions-la, étoullons-la, « resserrons-la du moins l(^ j)lus étroitement possible « avant les ténèbres; si les troupes nous maïuiuent,
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« enlevons par notre exemple la garde nationale cjui « flotte et qui tarde; formons avec le peu de balaila Ions groupés autour de l'Assemblée une dernière « colonne d'attaque , et conduisons-la nous-mêmes à (( l'assaut des barricades du faubourg du Tem[)lc, « position la plus forte et la plus décisive des insur- « gés. »
Le général Cavaignac adopta avec vigueur ce sentiment : il donna des ordres, et se leva pour rassembler et conduire lui-même la masse de la colonne. Lamartine se fit amener ses chevaux sellés et bridés dès le matin pour les éventualités du jour. Il en monta un; il donna l'autre à Pierre Bonaparte, intrépide jeune homme, fils de Lucien, héritier du républicanisme de son père. Le ministre des finances Duclerc , aussi calme au feu que bouillant au conseil, voulut se joindre à eux. Lamartine et ses amis, parmi lesquels un garde f national de la lOMégion , ancien militaire, nommé Blanc, qu'il retrouvait à ses côtés dans toutes les occasions de péril , ainsi que l'aventureux Ghàteau-Kenaud, se placèrent dans les rangs des premiers pelotons de la garde mobile , et marchèrent par la place (le la Concorde et la rue de la Paix en se grossissant en route. Le général Cavaignac, avec la masse do la colonne, les rejoignit à rembouchurc des boulevards. Le représentant breton, M. delrévcneuc, à clirval (*l armé, demanda à Lamartine l'autorisation dose joindre à lui. Sa physionomie inconnue alors an uKMubre du gouvernement respirait le patriotisme^ (îl le combat, l n