LIVRE NEUVIÈME. il
allait probablement ressentir le contre-coup de la République. Le pape avait, par ses paroles et par ses actes, réveillé l'esprit d'indépendance et de haine contre l'Autriche. Ce pontife bien intentionné, mais à la fois téméraire et timide, contenait déjà avec peine le mouvement qu'il avait imprimé. Il n'avait voulu que ranimer la chaleur dans le corps engourdi de l'Italie centrale; il y avait jeté l'étincelle. Le souffle que les événements de Paris déchaînaient sur le monde allait donner de l'air au foyer que le pape avait allumé.
La Toscane en ressentirait inévitablement Tinfluence. Quoique libre et heureuse de fait sous le gouvernement municipal et paternel du descendant de Léopold , elle voudrait changer ce fait en droit et ces habitudes de libertés en institutions.
Venise et Gènes frémissaient au nom de république, qui leur rappelait leur antique gloire.
Enfin, le Piémont, seule puissance militaire de l'Italie, était préparé depuis longtemps à la guerre. L'ambition de son roi rêvait pour lui deux titres : celui de libérateur et celui de protecteur de l'Italie. Flottant depuis des années entre l'alliance autrichienne, (jui faisait de lui un satellite de la servitude, et l'alliance française, qui pouvait faire de lui un dominateur de la Péninsule; tiraillé en sens contraire par l'inlluencc sacerdotale, qui avait fait de lui le proscripteur et le geôlier du libéralisme, et j)ar l'espiit libéral de ses |)euples, (|ui voulait faire de lui un novateur et un prince constitutionnel , di) quel coté pencherait-il.^ S'il
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se déclarait hostile a la l{(''piil)li(|iiê et (m'il voulût faire (le son armée de cent mille liOFiimes une avant-garde de rAiilrichc contre nous, il fallait l'attendre aux déhouclies de la Savoie et du littoral des Alpes. S'il voulait lever de lui-même l'étendard de l'indcpendance italienne, il fallait piévoir également le cas de sa défaite et le cas de sa victoire ; l'un et l'autre pouvaient également nous entraîner involontairement en Italie. Une armée d'observation appelée armée des Alpes, prèle à toute éventualité, soit à couvrir les Alpes de[)uis le Var jusqu'à Grenoble, soit à les franchir, était commandée par la |)rudence autant que par l'énergie^ de la Républi([ue. Le ministre demanda la formation immédiate de cette armée de soixante-deux mille hommes. Le gouvernement n'hésita pas.
La présence de cette armée au pied des Alpes et dans la vallée du Hhnne avait aussi son motif à l'intérieur. La RépublKjue pouvait être menacée soit par des tentatives de restauration monarchicjue au profit de la branche aînée des Bourbons dans \c Midi; soit par i\o> détachements de l'armée d'Alger entraînés par leur alVcclioii pour les piinces et débarcpuint avec eux sur les cot<^s méridionales; soit |)ar les agitations anarcliiqucs dont Toulon, Mars(Mlle, Avignon et Arles, \illes (lu Midi, avaient contristé la première Répul)li({U(* ; soit enfin et surtout j)ar d(S mouvements socialistes semblables à ceux (]ui avaient éclaté dans la capitale de rindustri(\ à Lyon, en 1 S^U) et 18»V2. Lue force armée mobile, disciplinéi\ inq)Osante, faisait