LIVRE NEUVIÈME
mère-patrie, finiraient comme finit l'armée d'Egypte après Bonaparte; que si nous avions la paix, celle paix, encore armée sur le continent, pèserait sur le Trésor du poids des cinquante mille soldats qu'il faudrait lever, armer, équiper pour tenir lieu des cinquante mille hommes dont il demandait le retour; enfin, que les troupes d'Afrique déjà disciplinées et aguerries équivaudraient , sur les Alpes ou sur le Rhin, à une force double de jeunes soldats de nouvelles recrues.
Les généraux d'Afrique oi)posaient à cette réduction de nos forces actives en Algérie une invincible résistance. Lamartine s'irritait d'une prédilection qui lui paraissait une paralysie systématique d'une partie des forces que la prudence et la politique devaient concentrer sur le sol même de la Républi(|ue. Une bataille en Belgique, sur le Rhin ou en Piémont , perdue par l'absence de cinquante mille hommes, perdait la Républi(|ue : cpielques escarmouches plus ou moins heureuses en Algérie ne perdaient qu'un désert facilement reconquis après la paix. Des discussions obstinées se renouvelèrent et se prolongèrent; des paroles vives, des objections furent échangées entre le général Lamoricièreet Lamartine. Lamartine se défiait alors de ce jeune général. Il suspectait non sa franchise, mais ses relations. Il lui croyait des intimités avec le paili implacable dans son ressentinuMit contre la RcnoIutiou II reconnut (l{'[)uis ({u'il se tiompait , (>t cpie ce général , aussi brave à l'action (pu' capable au conseil.
46 RÉVOLITION DE 1848.
n'épaiirnait [)as plus son sang que sa parole et sa popularité [)()nr le salut du gouvernemejit.
Le général Bedeau et le général Oudinot, tous deux dignes des commandements les plus élevés, s'efforcèiviit vainement alors de justifier leur frère d'armes et de détruite dans Tesprit de Lamartine d'injustes préventions. Le gouvernement, tlonnant à demi raison au ministre des affaires étrangères, décréta que vingt mille hommes d'abord, |)uisdix mille ensuite, seraient rappelés d'Alger et remplacés sur le sol d'Afrique par des soldats de nouvelles levées.
Le ministre de la guerre, le général Subervie, était président de ce comité tle défense nationale. Un jeune colonel d'état-major, M. Chanas, en était le secrétaire. Les mesures de ce comité furent non seulement acceptées, mais provo(juées et pressées avec une ardeur {[ui ressend)lait à l'impatience par l'unanimité du gouvernement. La reorganisation de nos forces était urgente. L'Algérie avait tout absorbé; le gouvernement précédent était construit pour la paix : nous ne l'en accusions pas. La République, à sa naissance, devait reconstruire la France militaire dans la double prévision de la pai\ ou de la guerre. I\iur qu'elle IVil à la fois debout comme la France de 1792 et laborieuse comme la Tianee dv IS'iT, il fallait que sa forée active et soldée uv IVil (jue TaNant-garde de sa population armée. Lamartine provo(juait déjà, dans ce sens, la eieation de lioi.» vvu\> bataillons de gardes mobihîs des déparlements, encadics, disciplinés, armés