‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 25 sur 216 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

hommes, sortis excellents soldats des pavés et des émotions populaires.

Le général Duvivier, militaire philosophe et républicain, avait été chargé par le gouvernement d'organiser et de commander cette garde mobile. Jamais général n'eutà former l'armée de l'ordre dans une capitale en révolution avec des éléments plus confus, plus insaisissables et plus turbulents ; jamais, en si peu de temps et si peu de semaines, il n'accomplit plus merveilleusement une tâche plus diflicile. Ses bataillons, composés en majorité d'enfants du peuple de Paris, sortaient heure par heure, de ses mains, encore en haillons, déjà soldats. Le général Duvivier les prenait par le cœur, le gouvernement par la confiance. Ils sauvaient Paris tous les jours de lui-même. Paris les admirait et les adorait C'étaient les pupilles héroïques de la République; ils furent plus tard les héros et les sauveurs de l'ordre social. Leurs généraux Duvivier et Damesme moururent à leur tête, ils portèrent seuls le poids des trois premiers mois de la sédition réprimée ou contenue j)artout ; ils firent un rempart de leurs bataillons au gouvernement le 1 G avril ; ils entourèrent l'Assemblée à son arrivée; ils la reconquirent le 15 mai avec la garde nationale ; ils prodiguèrent \vuv sang pour elle le 23 juin ; ils rouvrirent à l'armée les portes de Paris et se glorifièrent de se subordomuM- à leurs aînés dans la famille des canips. Ils niéritai(Mit d'être adoptés par l'Assemblée nationale au liou de subir le licenciement et roubli. .Mais si le momenl

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onblir, riiisloire se souvient, i.a pai^c du la garde

mobile sera écrite dans ses services et avec les gouttes

de son sang.

Pendant (\ue. le général Subervie, le général Dnvi- \i('i , et les généraux dc^ comités de délense, secondaient ainsi les ellbrts du gouvernement pour réorganiser nos forces de terre, M. Arago, dont le nom flattait Torgueil de la marine, maintenait d'une main fcrnic la dis('i[)line sur nos Hottes, fortifiait nos escadres, armait nos ports, donnail la contiance sans réserve du gouvernement à tous les olViciers de cette armée d'élite cliez (pii 1 honneur garantissait la fidélité à la Kepubli(juo. H faisail dans des vues à la fois [)atrioli(|ues et pacifiques lloll( r la llamme de nos vaisseaux sur les cotes de la Méditerranée.

Aïais do si grands développements donnés à nos forces nationales pour |)révenir toute surprise sur terre et sui' mer, tout hasard d'invasion et tout alVronl à la Hepul)li(|ue, exigeaient du Iresor des etforts correspondants.

I.e Lions eiiieiiKMit a\ail ti(»u\e les linanccs dans une situation (jui eùl elc lourde di'ja en temps ordi-

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naire et qui aurait exigé avant peu de mois un emprunt de six cents millions. L'emprunt exige le crédit. Les révolutions sont les éclipses du crédit parce (Qu'elles éhraident, non-seulement les intérêts, mais les imaginations. Les imaginations ébranlées font resserrer les mains qui tiennent l'or dans une nation industrielle. Les hommes sages du gouvernement se préoccupaient avant tout de la question financière. Ils savaient que toute la révolution allait se caractériser en violence ou en modération par les premières mesures financières que le gouvernement prendrait en débutant.

Ils disaient hautement qu'il n'y avait que deux moyens de faire franchir à la République cet abîme d'une révolution imprévue sans y précipiter la fortune publique : la dictature armée de l'instrument des supplices, ou le crédit.

La dictature armée de Tinstrument des supplices pouvait faire la banqueroute, les assignats, les maximum, et soutenir ces mesures désespérées contre les fortunes par un appel aux pauvres contre les riches. Les forces d'exécution ne manquaient pas. Le seul fait de la révolution soudaine et complète accomplie sans résistance par le bras des prolétaires; deux cent mille ouvriers dans Paris qu'on pouvait fanatiser (juelque temps contre les fortunes comme on les enthousiasmait [)0ur la vertu ; deux millions de travailleurs déclassés sur la surface de la République demandant du pain dans nos villes maïuifaclurières où les ateliers allaient se rétrécir et se fermer; c'étaient la {{{)<> rÀé-

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menls de terreur [)oiir les classes possédantes et de compression irrésistible ()()iir un gouvernement désespéré. Il n'y a lien (|u'un pareil gouvernement ne se sf'ulît la lorcc de fairc^ pendant ces deux premiers mois de la République : il avait derrière lui l'impulsion et le poids d'une révolution qui l'aurait poussé vers des abîmes, mais (pii le poussait sans que rien put lui résister. S'il ne prit pas la tyrannie, c'est (juil fui assez sage pour la mépriser, assez pob tique pour la craindre. Il eut tous les jours plus de peine à la refuser qu'à la prendre. Un mot de lui faisait courber en ce moment la France entière. (( Nous avons assez de « force pour faire tout le mal qu'on peut rôver, disait « Lamartine à Dupont de l'Iun-e; quant au bien, c'est u dill'ereut, il se l'ait lentement avec règle et mesure. » Ce n'étaient donc pas les moyens d'exécution sur les fortunes qui inquiétaient le gouvernement provisoire : ces moyens surabondaient.

Mais tous ces moyens, banqueroute, assignats, emprunts forcés, taxe sur les riches, décimation des capitaux, séquestres , conliscations , prolétaires imposés comme garnisaires aux proj)riétairos, exigeaient la violence contre les choses. Les membres sages et moden's du gouvernement savaient (pio de la violence Contre les choses à la xiolcMice contre les j)ersonnes il n'y avait (ju(i l'espace <lr la \('ill(^ au lendemain, ('.hacnne de ces niesun^s auiail fait enlouir l'or, tari l'im- [M")t, lue le crédit, ant'anli l(^ Iraxail. Poui" iM^lrouvcr l'or, riMipoi, le crcvlil, \o. Iiavad, il fallait sévir. Les

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