‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 27 sur 216 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

premiers jours des paroles sonores qui paraissaient contenir des tempêtes aux capitalistes. Les fabricants inquiétés par ces théories des salaires fixés souverainement par l'État , leur croyaient au commencement plus de danger qu'elles n'en avaient. La panique fermait les manufactures; la pioduction et la consommation se ralentissaient, et cependant, ainsi que les membres éclairés du gouvernement l'avaient prévu, les ouvriers en masse commençaient déjà à sentir l'inanité des théories du Luxembourg. L'égalité des salaires distribués entre des ouvriers inégaux de forces, d'habileté, de conduite, de travail, scandalisait leur équité. L'assujettissement du capital forcé à se dépenser en travail sans y trouver son intérêt et sans écouler ses produits, inquiétait leur bon sens. L'éloquence de leur jeune tribun Louis Blanc les attirait ; mais en sortant de son cours, ils s'interrogeaient entre eux sur ce qu'il y avait d'applicable à leur condition dans cet Évangile des salariés. Ils pressaient les mois, ils n'y trouvaient que du son. Ils allaient aux conséquences, elles ne les menaient qu'à l'impossible. Ils hochaient la tête et se disaient :

a Ce Luxembourg est un passe-temps que la révo- « lution a donné aux oisifs. On nous endort avec do (( belles paroles pour que nous ne sentions pas la (( faim. Revenons au simple bon sens. Il n'y a ni « capital, ni salaire, ni travail sans liberté; si nous « enlevons la liberté au fabricant et le capital au

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« riclio, nous serons tous également miséral)les. Ce « qu'on nous prône, c'est l'égalité de la faim. »

Los problèmes de Louis lîlanc, des socialistes et des économistes se heurtaient au Lux(Mid)ourg comme les langues dans Babel. Le cœur de Louis Blanc éclatait en sentiments fraternels, sa parole en images, mais son système en léuèbres. C'était l'orateur des travailleurs, faisant luire les |)roblèmes, promettant l'impossible et ajournant les résultats à ceux (jui ne pouvaient pas ajourner leurs besoins.

Quelcpies membres de la majorité du gouvernement se réunirent chez M. Crémieux, ministre de la justice, pour sonder entre eux la situation et j)our entendre les tristesses de M. (ioudchaux. Là, devant iM.M. Marie, Bethmont, Crémieux, Garnier-Pauès , Duclerc, Pagnerre , Carnot, Lamartine, M. (ioudchaux annonça l'irrévocable résolution de se retircM'. Les UH iiihies [)résents du gouvernement et les ministres furent consternés. Ils sentaient quelle atteinte profonde allait porter au peu de crédit (jui lestait encore, la retraite duu ministre estimé, et ((ui avait la confiance des (■a|)italistes. ('/(Hait une déclaration de delresse aux Ncux de l'opinion. Dupont do, TEurc^, (jarnier- Pagès, Lauwii lin»', tous les niend)res de la conférence supplièrent M. (joudchaux de renoncer à sa résolution, ils lui représentèrenl pa(héti(|uemont les déplorables consé(iU(Mices (pii allaient en découler : les ealonmies des honnnes dargeut, l'etTroi des confriliii.iblf's, la paniipie do^' écus , la lermiMurc^ d'un |)Ius

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