LIVRE NEUVIÈME
grand nombre crateliers, l'inondation de Paris par des nnasses d'ouvriers sans travail.
M. Goudchaux ne céda pas. Un morne silence s'établit. Chacun sentait que dans un moment aussi critique où les finances étaient tout, où une banqueroute pouvait résulter d'une disparition du numéraire, et où le numéraire allait peut-être disparaître avec M. Goudchaux, la démission du ministre des finances était le coup le plus terrible qui pût frapper le gouvernement.
Ce furent des minutes d'angoisses dont l'impression dut rester poignante dans l'àme de ceux qui comprenaient la portée de cette catastrophe des affaires, à si peu de distance de la proclamation de la République. Lamartine surtout en frémissait. 11 était convaincu que la banqueroute, la terreur et la guerre étaient un même mot. Mais il était convaincu aussi, que le gouvernement ne devait s'avouer vaincu par les difficultés financières qu'en succombant tout entier.
(( Nous avouer vaincus ou impuissants devant (f les périls du trésor, faire dire aux ennemis de, la (( France que la République a commencé sa canière « par la banqueroute! plutôt mourir tous à la peine, « s'écria-t-il en se levant avec désespoir. Le départ (( du ministre des finances nous consterne, mais il ne « nous découragera [)as. A présent que nous avons « tout fait pour prévenir ce malheur, faisons tout pour « le réparer. »
Le même élan souleva tous les hommes (|ui assis-
:i8 HKVOLUTION DE 1848.
tiiicnt à hi cûiilerence. Gaiiiior-Pagès, quoique expirant (le. faiblesse, de lassitude et de maladie, retrouva dans soQ cœur ce courage de l'honnête liommequi uv faiblit jamais. Il accepta le fardeau dont mieux qu'un auti(Ml mesurait le poids, mais auquel! son patriotisme, religieux égalait en ce monuMil son dévouement. Son aeceplation sauva le tri'sor, et en sauvant les linanees dc<s mesures extrêmes et acerbes que Tim- |)iuden(e conseillait au déses[)oir, il sauva réellement la Républi(jue.