LIVRE DIXIÈME
SOUS leurs mains dans des circonstances d'urgence et dans le tumulte de l'Hôtel de Ville donnèrent lieu à quelques erreurs de cette nature. Plusieurs de ces décrets n'étaient signés que d'un ou deux des membres du gouvernement. On les enlevait de la table du conseil et on les jetait aux imprimeurs, sans qu'ils eussent passé tous au contrôle ou à la vérification du conseil.
Nous avons vu que le roi, la reine, la duchesse de Nemours et ses enfants étaient montés dans deux voitures du roi, attelées d'un seul cheval sur la place de la Concorde, et qu'ils avaient pris la route de Saint-Cloud escortés d'un régiment de cuirassiers sous le commandement du général Régnault de Saint-Jeand'Angély. A Saint-Gloud, le roi prit des voitures de l'établissement Sciard et compagnie et se rendit à Trianon, où il resta quelques instants comme pour donner le temps à la fortune de l'atteindre et de le retenir. Le général Régnault de Saint-Jean-d'Angély, lui ayant demandé à la fin quel ordre il voulait donner aux troupes et s'il voulait les réunir autour de lui à Saint-Cloud : Cela ne me regarde plus, lui dit le roi, c'est maintenant Taffaire du duc de Nemours. Le maître de poste de Versailles lui amena vingt-huit chevaux à Trianon pour ses équipages. Bien dill'érent du fameux maître de poste de Sainte-Menehould, (pii, en retenant Louis XVI, fugitif aussi, fit trancher la tôtc à cet
iiilortniH' iiioii;ii(jiiu cl à tuulc sa t'aiiiillc, celui de ^ eisailles dit an un : « Voici les meilleurs chevaux de uies « écuri(îs, j(; les ai choisis iiioi-niéme ardents et iul'ali- « i^ahles pour assurer le dépail et le sahit du roi par u les routes indirectes (pi il lui conviendra de piendre. (( Taites-les pouisuivre leni' course tant (pfils auront « une haleine dans leur poitiine. Ne pensez pas à moi. u tuez-les, Sire, mais qu'ils vous sauvent! »
Le roi piit à la chute du jour- la route de Dreux; il y arriva pendant les premières heures de la nuit; on ii^norait encore dans la ville les derniers événements de Paris. Le sous-préfet de Dreux, M. Marcchnl. apj)r('naiil l'arrivée des voitures de la coui' à une heure inusitée, crui (pTelles amenaient dans ce st\jour royal (piehpies princesses ellVayées des at^^itations des Tuileries. Il se rendit au château et reconnut le roi.
u .h' ne le suis plus, lui dit ce pi'ince. Je ne sai> « plus même où je vais abriter ma \'u\ Paris (\st en « (eu ; j'ai ahdicpie pour éviter les derniers malh(nn*s. " Je me lie à vous dans la mauvaise^, fortune, comnu^ « je m y suis lié dans mon bonheur. Instruisez-Nous, (( iiistruis(v-moi de la suite des événements (jue u i'ii^non», et conseillez-moi selon les circonstances « (pie celle nuit nous révélera, n
A ces mots, le niiiiii^ de Dieux (Milia j)()ur pn'senter ses hommai:rs au roi ; il i-norail tout; le roi alors, K'pi'iiani la j)iii()l(>, lut N» messager de ses propres infortunes. Il lacoula jivcc détail et avec passion la série dos vicissitudes cpii a\ai(Mil rempli ces derniers
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jours, jusqu'au moment où, entouré dans son palais par l'insurrection croissante, mal inspiré par ses ministres de la veille, mal secouru par ses ministres du lendemain, mal défendu par ses troupes, cependant fidèles, et abandonné par la garde nationale, pour laquelle il avait régné, l'abdication et la fuite à travers les coups de fusil étaient devenues sa dernière ressource. Il fut ému, touchant, passionné; il s'indigna de l'aveuglement de la garde nationale, des faiblesses, des hésitations de ses ministres, de l'ingratitude des peuples, qui élèvent un homme au trône pour les sauver de l'anarchie et qui le précipitent dans un caprice au fond du gouffre d'où il les a retirés; il s'attendrit sur la vanité des services qu'on rend aux hommes, sur le sort de la reine, sur leurs vieillesses reléguées, vertes et fortes encore, dans l'inutilité de quelque exil royal loin de Paris qu'ils avaient aimé, loin du gouvernement qu'il avait dirigé, loin des conseils qu'il avait éclairés de son expérience et de ses lumières.
Les deux magistrats versaient des larmes à ces reproches adressés par un vieillard meurtri de sa chute, à sa fortune et à la nation. Le roi, quittant bientôt ce triste sujet , fit un retour sur son petit-fils, et plaignant ses enfants jetés par une demi-révolution sur un trône que toute sa sagesse à lui n'avait pu raffermir, il sembla [)résagcr des malheurs et adresser des vœux déses[)érés au ciel pour ces destinées.
Cependant le roi se llattait encore que sa reliait**
Ci RÉVOLUTION DE 1848.
avait tout ai)aisé et que son abdication avait laissé derrière lui II II donc, des chambres, un gouvernement. Il déclara an maire el au sous-préfet que son intention élait de s'anoter (juatre jours à Dreux pour y attendre la le.-olulion des cluunbres à son égard, l'indication du séjour e( de l'existence royale (|ui lui seraient assignés par la nation. Il j)rit queUjue nourriture, il visita au llambeau les consliuctions qu'il avait ordonnées au château comme un homme sur d'un \v.ndemain.
Ce château iidiabité était dénué de tous les objets de j)r(Mnière nécessité. Les habitants attachés à la famille royale se hâtèrent d'appoi ter meubles, linge, vêlements, argenterie. On prêta au roi (luchjues cen- Ijiines de pièces d'or. Le sous-préfet lui proposa (Tenvoyer chercher le régiment (|ui était en garnison à (Chartres; il refusa. La garde nationale de Dreux lui fournit (\cii |)ostes de sûreté et d'honneur.
Après le repas, il écrit lentement à M. de IMontalivel , miiiisli'e de sa maison, pour lui demand(M' ses portefeuilles, ses nécessaires, ses objets de toilette, et poiii lui donner ses instructions préliminaires sur les dispositions à faire relaliNcmeiil à sa fortune.
A deux heures, le courri(M' porteur de cette dépêche p.ii l , l(^ roi se coucIk^ et s'endort iVuu |)rofond sommeil. IVMidant ce sommeil , un ami de M HiMlimonl aiii\e de Paris et annonce au sous-préfet la pioclamation de la Hepublupie.
M. Marcciial veut laisser au moins au roi ses heures