LIVRE DIXIÈME. G
La voiture roula ainsi tout le jour sans obstacle. Le seul danger était la traversée d'Évreux. M. Maréchal tremblait que le prince ne fut reconnu et arrêté dans une ville si voisine de Paris où la population effervescente pouvait faire craindre des émotions au nom du roi. On en approchait; l'anxiété de l'homme qui veillait sur le salut de deux vieillards croissait à chaque tour de roue. Il apercevait déjà les clochers de la ville; un souvenir monta à son esprit. Il se rappela qu'un de ses amis avait une maison de campagne près de la route dans le voisinage d'Évreux. 11 fit arrêter les chevaux; il interrogea un cantonnier qui cassait des pierres sur le rebord des fossés : cet homme lui montra du doigt la maison et lui indiqua le chemin de traverse qui y conduisait. M. Maréchal ordonna au postillon d'y mener la voiture.
La maison était vide. Le fermier et sa femme reçoivent les voyageurs sans les connaître à leur propre foyer. Le roi et la reine s'installent dans une chambre contigué à la cuisine de la ferme; ils se réchauffenl, ils reçoivent l'hospitalité rustique de ces |)auvres gens qui les prennent pour des amis de leur maître.
Pendant (ju'ils goûtent ces heures de repos, M. Maréchal court à pied à Evreux et informe son anii du dépôt confié à sa maison.
La vilh^ fermentait au bruit successif des événements
(is HKVOLU i ION DE 18i8.
(le Paris; le [)assago par Évreux était impossible. M. Maréclial et son ami s'informent des moyens de réviter en tournant le mur; ils rejoignent la famille royale dans sa retraite.
Le fermier inslruil |)ar son maître du rang et du malheur dc<, hôtes (piil a reçus se dévoue avec ardeur à leur salut. Il comiaît les ciiemins détournés; il altèle ses chevaux à la voiture; il conduit lui-même le roi.
Un honnnesur conduit la reine par une autre route. On part à sept heures, on marche toute la nuit, avant le jour le roi et la reine arrivent chacun de leur côté sur 1(3 caj) (rilonlleur, et s'abritent sans avoir éveillé aucune attention dans la maison de M. de l\'rlhuis. Cette maison noyée dans les arbres est bâtie sur une élévation à une demi-heure de marche de la ville.
C'était le 2G février, le maître de la maison ne Thabilait pas; un jaidinier intelliiçent et sur était instruit d'avance du mystère qu'il allait ])rotéger. Cet homme a\iiil inspiré à sa fenune et à ses enfants la discrétion et le dévouement sur lestpicls repose tout le plan de la sûreté et (\v. l'évasion du roi et de la reine. Nul ne se doutait dans la contrée ([ue cette maison déserte renlcrniAt ceux (pii étaient deux jours a\ant les souverains de la IVaiiee et les hôtes de tant de palais. On asait >()iii de tenii' les volets fiM'més ; la fumée même des elieniiuees ne s'élevait (jue pendant la nuit. Ce