‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 37 sur 216 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

les couloirs. Le duc de Chartres était tombé sous les pieds de la foule. Les cris de sa mère le redemandaient en vain : les vagues du peuple étaient sourdes comme celles d'un océan.

Des députés et des employés de la Chambre lui avaient promis de rapporter bientôt son fils. Ils l'avaient conjurée de ne pas se perdre elle-même ainsi que le comte de Paris, en s'obstinant à rester dans un tumulte qui pouvait la menacer, l'étouffer, ou la retenir captive. Kn effet, deux frères, huissiers de l'Assemblée, nommés Lipmann , Alsaciens d'origine et dévoués à la princesse, s'épuisaient d'efforts pour retrouver et sauver le jeune prince. Pendant que Tun d'eux , nommé Jacob Lipmann , ramasse le pauvre enfant, l'élève dans ses bras pour le faire respirer et le soustrait au froissement de la multitude, l'autre soutient à l'entrée d'un corridor le poids de la foule qui menace de le renverser sous ses ondulations. L'huissier Lipmann emporte l'enfant dans son logement contigu au palais; il le couche, il le soigne, il avertit M. de Lespée, questeur de l'Assemblée, du dépôt que le hasard de la journée a remis dans ses mains.

A huit heures du soir, M. de Lespée, ({ui croyait la duchesse d'Orléans encore aux Invalides, vient prendre chez M. Lipmann le duc de Chartres. M. Lipmann porte le prince , vêtu comme un enfant du peuple , dans ses bras. La duchesse était partie. M. de La Valette et M. d'Klchingen le confient aux soins de M. et madame de Mornay. Il reste deux jours malade

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dans la maison (riino |)aii\ rc femme de la rue de l'iniversité, à qui M. de Mornay Tavait confié pour le soustraire aux recherches. Rassurés par Tesprit du gouvernement, M, et madame de Mornay le reprirent chez eux, le comblèrent de soins, et le rapportèrent sauvé et guéri dans les bras de sa mère.

La princesse part du chAteau de Ligny pour Versailles sous un déguisement. Tue voilure, préparée par ses amis, la conduit de Versailles au chemin de fer de Lille. Elle passe la nuit sans sommeil à veiller et à prier auprès du lit de ses enfants.

L'ombre de la révolution la j)oursuivait toujours. Au seuil de la France elle trend)lait encore d'y être retenue et de laisser à ses fils le sort des enfants de Marie-Antoinette. Mais ce n'était plus la France sans justice et sans pitié, la France des prisons et des échafauds.

Le général Baudrand, gouverneur du comte de Paris et conseiller de la princesse, s'était fait porter, (|uoi(|ue malade et incapable de mouvements, à son post(^ au |)alais, an n\()ment de l'invasion du |)euple. Ouand le peuple entra sur les pas de la duchesse (jui \enaitde sorlir, le général dit aux envahisseurs qu'ils élaienl dans les apj)arlements de la veuve du duc d'Orléans. \ ces mots , ils s'étaiiMil découverts; ils avaient n^S|)ecté les ap|)arl«Mn('uls «M placé d'eux -mêmes dos sentinelles aux j)orles j)our |)réserver les souvenirs de la mère iM de la \(Mi\e. ils cond)altaient contre la ro\aule, ils s'iueliiiaieut devant la nature.

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