LIVRE DIXIÈME
La princesse avait des amis parmi les chefs qui commandaient à Lille. L'armée nombreuse qui formait la garnison de cette place de guerre pouvait être tentée par sa présence et enlevée à la République par son enthousiasme pour une femme et pour un enfant. Elle eut pendant cette dernière nuit la pensée de se montrer aux troupes et de revendiquer le trône pour son fds. Le crime de la guerre civile lui apparut entre le trône et cette pensée; elle recula, et repartit de Lille. Elle gagna les rives du Rhin sous le nom de comtesse de Dreux , elle rejoignit sa mère à Ems; elle se réfugia dans les souvenirs tous purs de son bonheur passager en France, de son deuil, de sa disgrâce, de l'écroulement de sa destinée sous les fautes d'autrui, et dans sa résignation aux volontés de sa seconde patrie où son nom n'inspira jamais aux hommes de tous les partis que l'admiration, l'attendrissement et le respect.
Le duc de Nemours sortit de France sans obstacle aussitôt que ses devoirs envers son père , sa bellesœur et son neveu furent accomplis. Il s'était montré plus digne de sa popularité dans Tinfortune (pie dans la prospérité. bitré|)ide, désintéressé, il n'avait marchandé ni sa vie, ni ses droits à la régence pour sauver la couronne au lils de son frère. L'histoire
lui doit la justice que l'opinion ne lui rendait pas.
Deux princesses avaient été séparées du roi et de la reine au moment du départ précipité des Tuileries. C'étaient la princesse Clémentine , épouse du duc de Saxe-Cobourg, et la duchesse de Montpensier. Le duc de Montpensier, en accompagnant son père jusqu'aux voitures qui l'attendaient sur la place de la Concorde, avait cru revenir sans obstacle aux Tuileries et veiller lui-même au salut de sa femme qu'une grossesse avancée retenait immobile depuis [)lusiours jours dans ses ap[)artements. La foule qui se précipitait de toutes les issues dans les jardins avait bientôt ap[)ris au prince que le retour était impossible. Il a\int confié, en partant, la princesse aux soins de (luehjues hommes de sa maison et à la sollicitude (h^ M. Jides de Lasteyrie dont la loyauté, le nom et la popularité, le rassuraient sur tout événement. Il était monté précipitamment à cheval et avait suivi le roi à Saint- Cloud.
Au moment de l'invasion du cliàteau , M. de Lasleyrie avait donné le bras à la princesse, il s'était perdu avec elle dans la foule tro[) confuse et tioj) tumultueuse en ce moment . pour faire attention à une jeune fennne traversant le jardin.
]\L de Lasteyrie espérait arriver assez vite au Pont- Tournant pour faire partir la duchesse de Montp(Misi(M' en si'inMé avec la famille royale. \\\ niomciit où il sortait des jardins, la voilure pleine et |)récipitamm(Mit refermée |)ar M. Crémieux était |)artie au i;aIop