LIVRE DIXIEME
portes de la ville : il est convenu que le général la franchira avec la duchesse, et qu'après être sortis ainsi de la ville avec son dépôt il attendra sur le bord de la route de Belgique la voiture que M. Estanceliu ramènera entre onze heures et minuit.
M. Estancelin s'éloigne pour aller chercher auprès d'autres amis les moyens de se procurer des chevaux.
Le général Thierry et la jeune femme errent sous une pluie glacée et sous les ténèbres les plus profondes d'une ville inconnue. Le vent de la tempête avait éteint les réverbères. Ils avançaient presque à tâtons clans la direction qu'on leur avait indiquée.
Après beaucoup d'erreurs et de circuits, ils arrivent enfin sous une porte de ville en construction, dont l'arche échafaudée et cintrée de bois, était fermée par des planches du côté de la campagne. Ils reviennent sur leurs pas, ils se glissent par une porte latérale étroite et basse laissée libre par les constructeurs pour l'entrée et la sortie des piétons; ils s'y aventurent, et se croient hors de la ville.
Mais ce faux chemin, alors défoncé par la pluie et par les charrettes, inondé de flaques d'eau, encombré de matériaux et de pierres de taille, aboutit à une carrière sans issue visible. La jeune femme enceinte enfonce jusqu'à la cheville dans les mares, et perd ses chaussures dans la glaise détrempée. Le général se désespère; il craint que l'excès de fatigue et l'intempérie ne fassent expirer sans secours une enfant portant un autre enfant dans son sein^ il fait asseoir la
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princesse sur une pierre, Tenveloppe de son manteau, el lui (lit (le Tattendre là immobile pendant ([u'il va rentrer dans la ville et implorer du hasard ou île la pilie un toit ou un i^niide.
II hésitait à fVapp(M' à une porte, tremblant que; cette |)orte ne devînt pour la |)rincesse un piéi,^^ au lieu d'un salut, lors(iu'un inconnu ami de M. Estancelin et envoyé par ce jeune homme [)Our retiouNciet guider les fui^qtifs, aborde le général, se fait reconnaître, court avec lui retrouver la princesse, conduit les fugitifs liors de la ville, et dé[)ose la jeune femme sous le hangar sans feu d'une tuilerie abandonnée.
Là, le général Thierry et la duchesse de JMontpensier com[)tent lentement les lieures; la voiture ne tarde pas à se faire entendre. Elle em[)orte enfin la duchesse de Montpensier vers Bruxelles et vers son époux.
La i)rincesse avait été courageuse comme une héroïne, et insouciante comme un enfant pendant cett-e unit de détresse et d'angoisse. Au moment où elle cherchait en vain ses souliers dans la boue et marchait pieds nus dans le ravin : « Ouelles aventures « étranges pendant cotte horrible nuit ! » lui disait le geiicial riiierrs , pour relever son courage au moins par la satisfaction (Tune imagination romanesque : « — Oh! oui, repondit-elle : eh bien, j'ainie mieux « ces aventun^s (jue la monotonie de la table ronde « de tiavail dans les salons chauds et soni|)tueux des « Tuileries, »