LIVRE DIXIEME
Le duc de Wurtemberg, époux de cette princesse Marie, que les arts avaient pleurée comme la cour de son père, était le dernier prince de cette famille qui fût resté à Paris. Lamartine lui fit remettre des passeports sous un nom moins connu pour retourner en Allemagne.
Telle fut l'émigration de cette famille grandie par la révolution, expulsée par la révolution , venue de l'exil, montée au trône et retournant d'elle-même en exil. Aucune imprécation ne la suivait sur le seuil de la France. Plusieurs de ses membres emportaient la vénération, d'autres l'estime, d'autres les espérances. La nation restait juste, digne dans son émancipation. La République, née de l'idée et non de la colère, se contentait de faire place au règne du pays. Ce n'était ni les princes ni les princesses qu'elle proscrivait, c'était le trône qu'elle écartait. Elle envisageait déjà dans le lointain le moment où elle serait assez incontestée et assez forte d'elle-même pour rendre leur part dans la patrie à ceux qui n'y revendiqueraient plus que la place de Français et de citoyens.
La confiscation des biens du roi , des })rinccs et des princesses fut proposée plusieurs fois alors pai* les républicains irréfléchis qui assiégeaient le gouvernement provisoire d'injonctions et de conseils; elle y fut unanimement repoussée. Les mend)res du gou-
8i Ri:VOLUTION DE 1818.
vernonicnt ne voulaient à aucun |)ri\ fonder la républicjuc sur une spoliation et sur une injustice. Ils décernèrent seulement en secours alimentaires aux ouvriers sans pain le million arriéré que la nation payait par mois à la royauté.
Quant à la situation pécuniaire que la ]{épubli(jue ferait au roi et aux princes, on ajourna de la décréter, juscpfau moment où le calme aurait rendu tout son sang-froid et toute son é(|uité au peuple. On convint seulement , en princi[)e, que les biens personnels (lu roi et des princes resteraient leur propriété inviolable ; qu'en cas d'insufiisance, la nation ferait au roi exilé une provision convenable à son rang et au besoin de sa maison ; ({u'en cas de fortune personnelle excessive conservée sur le territoire français par le loi ou les princes ses fils, la nation les tiendrait vn tutelle pendant les premières années de la fondation du nouveau gouvernement; qu'elle allecterait une partie convenable des revenus à ces princes ; (|u'elle cai)italiserait le reste à leur j)rorit pour leur cMre remis en toute propriété aussitôt (|ue toute solde de guerre civile par eux serait démontrée impossible; qu'enfin la nation oiïiirail à la duchesse d'Orléans et à son lils un subside digne du rang (prc^lle a\ail occupé en France et des sentimenls qu'elle \ luait inspires, l'n lionune d'une renommée unanime, M. Lheihetle, ancien membre de la ('liand)re d(\s députes, agréé à la fois par la nation el j)ar la royaule, fui nommé adminislralenr e( li(juidaleiir tie ces biens. M. I.lierbelte refusa par un liono-