LIVRE NEUVIÈME
quitté l'Hôtel de Ville, la table du conseil , on les pas de Lamartine aux moments les plus critiques depuis le 24 au soir. Jeune, actif, honnête, intrépide, dévoué, Lamartine le choisit sans le connaître autrement que de vue. Il ne s'en repentit pas. Dans une pareille mêlée, les heures comptent pour des années ; un éclair vous révèle une aptitude; quand on met la main sur un homme, on se trompe rarement parce qu'on prend Je caractère en action.
En entrant au ministère des affaires étrangères, il trouva l'hôtel occupé par des détachements de gardes nationaux et de combattants. Bastide avait établi un ordre militaire dans le service. C'était une place de guerre plus qu'un hôtel de ministre. On bivouaquait dans les cours, dans les antichambres, dans les salles, sur les escaliers.
On ouvrit au nouveau ministre le cabinet et la chambre de M. Guizot ; son ombre y était encore. La chambre, le lit , les tables, les meubles, les papiers épars, dans l'état où l'homme de la monarchie les avait laissés dans la nuit du 23, attestaient le départ précipité d'un ministre qui croit être sorti pour un instant et qui est sorti pour jamais. Une femme amie de l'ancien ministre accompagnait Lamartine dans cette première inspection de l'appartement. Elle réclama, au nom de la mère et des enfants du proscrit, les papiers intimes, les rclicjues chères à l'époux ou au père, les objets qui appartenaient personnel lomcnt au minisire et le peu d'or qu'il avait laissé, f.amarlinc lit remettre
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avec uno respectueuse inviolabilité ces propriétés tlu cœur i\ la personne (|iii représentai! la famille de M. Guizol ; il se liàta de quitter cette chambre où d(Mi\ i.M)ii\riii('ments so rencontraient et se surprenaient, pour ainsi dire, en si peu d'heures. Sans haine contre la l.imille détrônée, sans animosité contre un lioiiiiiic ('minent dont la chute même aurait attendri l'inimitié, s'il en avait eu, Lamartine ne voyait dans cet iiiNcutain» (|irun jcMi [liMo des vicissitudes polili(lii('s; la vcrsalilitcMrun peuple, Téclipse d'une hante fortune et d'un izrand talent , le deuil d'une faniille, Ir \ idc (rmir maison jjlciiie cl heureuse la veille, il icpiiiriia II prendre pour lui-mrmr un appartement (jui Ncnail (le porter malhiuir à ses hAtes. Il n'était pas .>up(M>lili('u\, mais il était sensible ; il ne craiirnait j)as les présai<es, mais les souvenirs (|uc ces murs lui iciraeeraient. Il fit étendre des matelas dans leschaml)rcs soiidircs cl nues du re/.-de-chaussée, et résolul décamper lui-mén»(^, plutôt (pie de s'installer dans nn palais (pii (h'vorait ses jiossesseurs.
Kn examinaiil les papiers politi(puîS oubliés par le ministre d(; la monarchies sui' la table du cabinet de travail, il ap(M\Mit son propre nom. La curiosité attira SCS y(Mi\ : c'elail nue noie prise par M. (iui/ot poui' son (h»rnii'r discours a la Chambre [\v<, d(»putes ! Mlle contenait ce> iiioN ; « IMiis j'cM'outi' M. de Lamartine,