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#« plus je sens que nous ne pourrons jamais nous « entendre. » La révolution avait interrompu la discussion et submergé la tribune avant la réplique. Étrange jeu du hasard qui avait fait jeter cette note par M. Guizot sur la table, et qui la faisait retrouver par son successeur. Lamartine n'en triompha pas; il ne voyait pas, dans ce ministère où il entrait jeté par le Ilot d'une révolution, une dépouille, il y voyait une vicissitude, un labeur et un dévouement. Il passa une partie de la nuit à réllécliir à l'attitude qu'il ferait prendre à la République au dehors.
La république, telle que l'entendait Lamartine, n'était point un bouleversement à tout hasard de la France et du monde ; c'était un avènement révolutionnaire, accidentel , soudain dans la forme, mais régulier dans son développement de la démocratie ; un progrès dans les voies de la philosophie et de l'humanité; une seconde et plus heureuse tentative d'un grand peuple pour se tirer de la tutelle des dynasties et pour apprendre à se gouverner lui-même.
La guerre, bien loin d'être un progrès dans l'humanité, est un meurtre en masse, qui la retarde, l'alllige, la décime, la déshonore. Les peuples qui jouent avec le sang sont des instruments de ruine, cl non (\('^ iiistrum(înts de vie dans le monde. Ils lirandissent , mais ils grandissent contre les desseins de \)\o[\ et linissenl
»-' HÉVOl.lTIoN 1)1-: 184 8.
l'iii pordrc on un joui <lr justice tout ce qu'ils ont con- (juis par des années de violence. Le meurire illé;j;ilinie n'est pas moins crime dans une nation i\uv dans un iiidi\i(lu. I.a C()n(|U(}(e et la i^loire le décorent , mais ne rinnocentcnt pas. Dr, tout crime national est un londcmcnt faux (jui ne porte pas, mais qui eui^loutit la civilisation. Sous ce point de vue pliilosophiciue, moral et relii^neux, et le point de vue le plus haut est toujours le j)lus juste en politi(]U(^., Lamartine ne voul;ii( donc pas donner la i^uerre pour tendance, ni mi^me j)oui (lixcisioii à la nouvelle répul)Ii(iue. Lne diversion de sarii; ne convient (|ii'aii\ ainlnliciix on aux t\i-ans. Sous le poini de \ m^ républicain, Lamartine ne rcjxi-nait pas inoins a la guerre, il prévoyait trop 1 instahililc dn peuple dont il avait rcv'\[ riiistoirc pour ne pas C()mj)rcn(lre (]ue la rcj)ul)li(|uc, avant (jue le temps et les mœurs Tcussent enracinée, périrait sous la première» victoire éclatante (ju'elle remporterait, l n -('liera I victorieux, revenant à Paris escorté de la |»o|)nlarit('> de son nom et appuM* i\o rattachement d une année iionihrense, (le\ail v trouver ou l'ostracisme on la (lietainnv I/ostracisme S(Mail la honte ; lii dielalurc sérail la lin ('e la lilterh'. l'jdin, au j)()int de \ ne politique <'! national. 1 aniarline considérait la fçuerre olVensivo connue funeste à l'institution de la repul)li(jm^ (>lle-inéme et coiuuk^ fatale à la nation.
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YIÏI.
La situation de l'Europe était celle-ci : Les traités de 1815, base du droit public européen, avaient refoulé la France dans des limites territoriales trop étroites pour son orgueil et peut-être pour son activité. Ces traités l'avaient séquestrée aussi dans un isolement diplomatique et dans un dénuement d'alliances qui la rendaient perpétuellement ombrageuse et inquiète. La Restauration, gouvernement imposé autant qu'accepté, aurait pu renouer ces alliances et créer sur le continent et sur les mers un système français, soit en s'alliant avec l'Allemagne contre la Russie et l'Angleterre, soit en se coalisant avec la Russie contre l'Angleterre et l'Autriclie. Dans le premier cas, la France aurait obtenu des développements en Savoie, en Suisse et dans les provinces prussiennes rhénanes par des concessions accordées à l'Autriche en Italie et dans le bas Danube, et sur le littoral de l'Adriatique.
Dans le second cas , la France aurait étouffé l'Autriche entre elle et la Russie. Elle aurait débordé librement en Italie, repris la Belgique et les frontières du Rhin, inllué en Espague. Constantinople, la mer Noire, les Dardanelles, l'Adrialiciue, concédés à l'ambition russe, lui auraient assuré ces accroissements. L'alliance russe, c'est le cri de la nature, c'est la révélation des géographics, c'est l'alliance de i^uerre pour les éventualités de l'avenir de deux grandes races,
1 i Hr^:VOLUTïON DE 18iS.
cVï^t rt'(|iiilil)rc de paix par deux grands poids aux extivmih's du continent contenant le milieu et relé- 'Miaiil rAiiizU'tent! coiniue une puissance satellite sur rOcean ri en .\si(\ La Restauration, par sa nature rn()narclii(pi(' l'I aiili-i'e\ olulionnaire, donnaitdes gages a riiiic ou à l'autre de ces alliances. Elle était de la lanulle légitime des rois; elle avait la parenté des troues, elle ne pouvait [)as les menacer sans renverser sa propre natuic.
f.a dvnastir d'Oih'Mns aurait bien voulu jiorter en clic, ces con(lili()ii.> de secniiU' morale pour les maisons régnautiîs et se nahiialixr \ile dans les familles sou\ ( raiiu^s; mais elle avait deux taches (|ui la faisaient iccnimaîlre cl <jin la faisaient ci'aindre : uui^ a|)parence (riisiupaliou dans son avènement au troue et {iiw, nature semi-revolutionnaire dans son élection populaue de; IS.'iO. La Russie repoussait ses avances; r Aiiliiclie faisait payi' cIkm" sa tolérance; la Prusse Toh^ri \;iii ; | A iiiilclcrre scule l'acceplail; mais à dc^ (dndilioM> de suhalleiintc d (|uel(niefois de complicile liumiliaule a\<'c la politiinic l)rilauin(pie. Odieuse a la icNolulinii (pTrlN» a\ ail dérobée, suspecte aux pcu|)lcs (jui n'espérai. -ni li.-n d'rlj,», iiHjuielaule pour les rois (pii lui reprocliaimi im lionc» usurpé, elle ne pouvait a\()ii (|ii une polili(pie isolée, personnelles lem|)oraire, des trêves avec toul le monde, des allian-