‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 54 sur 216 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

ministre de la guerre; on supposait que les années du général Subervie pesaient sur son activité; on feignait, du moins, de le croire, car le général Subervie avait retrouvé pour la République le feu de ses jeunes années. Le motif véritable était plutôt que la nouvelle armée était pressée de ré[)udier les vétérans de l'ancienne armée. Les jeunes officiers d'Afrique désiraient, sans se l'avouer peut-être, prendre dans les conseils du ministère de la guerre l'autorité dominante et exclusive qu'ils espéraient retenir plus complètement sous un ministre étranger à l'armée que sous un vieux général de la Ré[)ublique et de l'Empire.

Depuis quelque temps, les généraux réunis en conseil de défense aflectaient de délibérer en dehors du ministre de la guerre et de communiquer directement et sans son intermédiaire avec le gouvernement. Quelques articles du National, journal qui passait à tort pour être l'organe du gouvernement, venaient d'attaquer inopinément le ministre de la guerre et de le représenter comme fatigué ou écrasé d'un poids disproportionné à son âge. Ces articles semblaient révéler les premiers fils d'une trame ourdie dans le sein même du gouvernement contre le général Subervie. Il n'en était rien ; mais l'attitude du ministre paraissait affaiblie par ce seul soupçon. Il était justement blessé d'une opposition qui semblait avoir ses complices dans le gouvernement lui-même. Il s'en j)hiignit une ou deux fois à Lamaitine, ({ui chercha à le rassurer et (|ui était résolu à le s()iit<Miir-. lue séance

incomplète du gouvernement, à laquelle ni Lamartine, ni Flocon, ni Ledru-Rollin, ni d'autres ministres n'assistaient ce jour-là, fit éclater la pensée du ]\ational et des militaires opposés à Subervie. Ce général fut destitué, et M. Arago reçut le ministère provisoire de la guerre. ïl était loin de le désirer, il résista même longtemps à la responsabilité de ce double fardeau.

Lamartine reçut à six heures du soir, en rentrant de rilotel de Ville, où il avait passé la journée, la visite du général Subervie. Le général lui apprit ce qui venait de se passer au Luxcnd3ourg. a Vous voyez, lui dit-il, « (|ue mes soupçons étaient fondés et qu'on n'atten- « (lait que votre absence et celle de qiiel(jues-uns de « vos collègues pour exécuter la j)r()scription du Mdlio- « nul et de ses amis. — Il n'y a rien de fait , lui repon- « dit Lamartine; un acte aussi important (}ue la des- « titution et la nomination du ministre de la guerre « ne peut s'accomplir à l'insu du ministre des affaires « étrangères et en l'absence de deux ou trois nuMu- « bres du ^ouvernemcMil. Je vous ai promis de vous « maintenir de tous nus efïorls. Je liendiai ma jiarole (< ou je me déclarerai en scission avec le gouverne- « ment. Demain, je deman(l(Mai une délibération nou- « vclle, je réclamerai contre une resolution (|ui vous « (*linnne et je ferai voter sur la (juestion le gouver- « nem(Mit tout entier. J'ai la couliancM^ (jue la t^cpu- « bli(]uo ne sera |)as privée des services infatigables « (|ue vous lui ave/. hmkIus (b^puis la première heure. « — Non, répli(|ua le général, il me sullit de savoir

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