LIVRE DIXIÈME
et réiléchi aux séances , il prolilait des loisirs que lui laissait son ministère pour assister au conseil du gouvernement; il s'y rangeait toujours du parti de la modération , de la légalité et de l'ordre républicain sur le type des grands magistrats de l'Assemblée de 1790. Sa place eût été à la tête de la magistrature.
M. Marie, plus actif de tempérament, plus hardi d'idées, plus universel et plus entreprenant d'affaires, temporisait avec les travaux publics trop suspendus et trop routiniers. Une des solutions politiques et sociales de la crise eut été , selon quelques membres du gouvernement, un large recrutement des hommes oisifs soudainement jetés sur quelques grands travaux de fécondation du sol français. Lamartine pensait comme eux à cet égard; quelques socialistes alors modérés et politiques, depuis irrités et factieux, réclamaient dans ce sens l'initiative du gouvernement : une grande campagne à l'intérieur avec des outils po'ir armes, comme ces campagnes des Romains ou des Égyptiens pour le creusement des canaux ou pour le dessèchement des Marais Pontins, leur semblait indiqué à une République qui voulait rester pacifujuc et sauver la propriété en protégeant et en relevant le prolétaire. C'était la pensée de l'heure; un grand ministère des travaux publics aurait été l'ère d'une politique appropriée à la situation. Ce fut une des grandes fautes du gouvernement, (jue de trop atttMidrc avant de réaliser ces pensées. Pendant (ju'il atlondail, les ateliers nationaux, p^rossis |)ar la niis(M(î cl l'oisi-
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velé , devenaient de jour en jour plus lourds, plus
stériles et plus menaçants pour l'ordre public.
En ce moment, ils ne Tétaient point encore; ils n'étaient qu'un expédient d'ordre et une ébauche d'assistance j)ul)li(iue commandés le lendemain de la révolution par la nécessité de nourrir le peuple , et de ne pas le nourrir oisif, pour éviter les désordres de cette oisiveté. M. >Iarie les organisa avec intelligence, mais sans utilité pour le travail productif. II les embrigada, il leur donna des chefs, il leur inspira un es[)rit de (liscij)line et d'ordre; il en fit pendant (juatre mois, au lieu d'une force à la merci des socialistes et des émeutes, une armée prétorienne, mais oisive dans les mains du pouvoir. Commandés, dirigés , contenus i)ar des chefs qui avaient la pensée secrète de la j)artie anîisocialiste du gouvernement, ces ateliers contre-balancèrent , jus(|u'à l'arrivée de l'Assemblée nationale , les ouvriers sectaires du Luxembourg et les ouvriers séditieux des clubs, ils scandalisaient par leur masse et par Tinulilitéde leurs travaux les yeux de Paris, mais ils protégèrent et sauvèrent plusieurs fois Paris à son insu. Bien loin d'être à la solde de Louis Blanc, connue on Ta dit, ils étai(Mit inspires pai- l'c^spr't de ses adversaires.
Ils n(^ s'('»le\ai(Mit d'abonl (ju'à \iugl mille; mais cha(|U(; joui" \ruv aj)porlail nii iiouNcau recrutenicul de misère ou de chômage». I/omivic impi-e\ o\anle oX soudaine des fortifications avait appelé v{ fixé à Paris une masse de (piarante mille ouvri(M's de pluscpii,