‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 57 sur 216 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

une fois établis dans la capitale, ne voulaient plus en sortir. Ces ouvriers, de terrassement ou de maçonnerie, n'avaient aucune des conditions d'une population domiciliée. La République expiait ainsi l'imprudence de la monarchie. Les travaux de luxe, qui sont les premiers atteints par les crises, cessaient dans toutes les fabriques de Paris; les économies des ouvriers tarissaient ; les besoins de leurs familles se faisaient sentir cruellement. Les fabricants riches et généreux envers leurs ouvriers , en conservaient une partie à demi-salaire. Dans certaines manufactures , la moitié des ouvriers, au lieu de travailler toute la semaine, travaillaient quatre jours , pendant que l'autre moitié chômait, puis ils quittaient l'atelier pour chômer à leur tour, et laissaient la place à leurs camarades ; mais de semaine en semaine de grandes usines se fermaient, et les deux cent mille ouvriers qui peuplaient les ateliers de Paris , venaient ainsi sucessivement s'enrôler dans cette armée temporaire des ateliers nationaux.

A ces ouvriers de la main se joignirent bientôt des ouvriers des arts libéraux, (jui avaient épuisé aussi leurs dernières ressources. Des artistes, des dessinateurs, des correcteurs d'imprimerie, des employés de librairie, des commis de magasin, des écrivains, des hommes de lettres, des acteurs, hommes qui n'avaient jamais manié que le burin, la presse ou la [)lume, venaient courageusement demander aux ateliers le pic ou la pioche pour remuer la terre au Champ-de-Mars,

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