‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 7 sur 216 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

ces avec personne. Sa chute, même en alarmant les rois, leur causait une sorte de satisfaction secrète en contradiction avec leur intérêt, mais en concordance avec leur nature. Il y avait de la vengeance dans cette joie des maisons régnantes. La révolution de Février était à leurs yeux comme une expiation. Leur politique souffrait, leur cœur se dilatait.

La Russie, qui n'avait aucun contact avec la France, ne se troublait pas beaucoup d'une révolution à Paris. Elle était trop convaincue de l'impossibilité matérielle d'une intervention de la France en Pologne, tant que TAIlemagne n'ouvrirait pas la route et ne serait pas l'auxiliaire de l'indépendance des Polonais.

L'Autriche devait s'alarmer; mais Thomme d'État émincnt qui gouvernait depuis trente-trois ans la monarchie autrichienne, le prince de Mettcrnich, avait dc[)uis longtemps une politicjue sénile qui assoupissait tout autour de lui et qui laissait la fatalité monarchique gouverner à sa place. Homme expérimenté, mai5 lassé, il avait vu si souvent fuir et revenir la fortune de rAutrichc qu'il ne s'occupait plus de ses mouvements. Aussi la Hongrie, la Croatie, la Gallicie, la Bohême et l'Italie se décomposaient-elles rapidement sous sa main, et l'induence de la maison d'Autriche touchait-elle à sa décadence. La Républicjue agitait sans la dissiper cette somnolence.

La Prusse était le point sensible, vivant et actif de ce coté. C'est sur le cabinet prussien (jue l'Angleterre appuyait le levicM* de sa (liplomjjtie conlincnlalo; c'est

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aussi |)ur celte cuur que la Russie agissait sur l'Allemagne; mais les populations prussiennes inquiètes de rascendant britannique chez elles, humiliées de l'omnipotence russe, travaillées de l'ambition de gouverner l'AlhMnaizne, et pénétrées par leur province rhénane de la contagion des idées libérales et constitutionnelles, penchaient vers la France : elles entraînaient de ce côté leurs hommes d'État. La République leur paraissait l'avènement d'une double destinée pour la Plusse : le système constitutionnel au lieu de la monarchie militaire, l'ascendant sur l'Autriche au lieu dim rnle secondaire peu en rapport avec leur armée el If'iir civilisalioii. ]/in({ui('^lu(le (jue la Prusse pouvait concevoir >ui- les proN inces du Rhin ne Teniporl.iil p;i> sur ces joies de rainbitioii nationale. Dut-elle perdre ses provinces rattachées au ccnlrt» français, elle entrevoyait dr^ C()m|)ensations en Allemagne, dans le Hanovre, dans U) llolstein et ailleurs. %

Ouniit ;i l'Angleterre , elle avait été favorable d'abord à la (Knastie d'Orléans, parce (jue celte d\nastie mal assise devait [\\'\\v longtemps osciller la I ijiiee, el leiiii" rKuiope dans un svslènu^ d'indécision el d'ombrage doni le cabiiuM biitanni(jue aurait à profiler pour >a puissance; mais le ministère de M. riiieisen IS'iO, en nieiiiiciini \ainemenl l'Angleterre d.- lui disputer >a roule naturelle aux Indes, cl

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son ascendant nécessaire en Egypte, avait aliéné l'Angleterre, irrité l'esprit national des deux peuples, fait revivre d'anciens préjugés , et jaillir d'anciennes colères raal éteintes. Ce ministère, il est vrai, avait sagement reculé devant la guerre au dernier moment, et fini la querelle par la note humiliée du 8 octobre. Mais la défiance était restée dans la réconciliation.

L'Angleterre avait vu le roi élever ses fortifications de Paris et encourager de la voix et du geste le chant de la Marseillaise, ce tocsin des guerres extrêmes ; elle s'était rejetée davantage vers la Russie. Le ministère de M. Guizot lui avait fait d'abord toutes les concessions pour regagner sa confiance. Ce ministre, cher d'abord à l'Angleterre parce qu'il semblait avoir été formé sur le modèle des hommes d'État de la Grande- Bretagne, et parce qu'il prenait avec une hauteur d'attitude et de talent le rôle d'un tory de la révolution, avait perdu aussi dans l'esprit des Anglais.

Ambassadeur à Londres pendant le ministère guerroyant de M. Thiers, M. Guizot avait été dans la situation éminemment fausse d'un homme (pii veut la paix et qui menace de la guerre ses amis pour une mauvaise cause. Rappelé en France par le roi et \)i\v les conservateurs, pour réparer les fautes dont il avait été lui-même le complice comme membre de la coalition |)arlementaire à Paris et comme ambassadeur de M. Thiers à Lon<lres, sa situation était fausse en France et plus fausse encore à Londies. Il lui fallait à la fois maintenir et répudier jusqu'à nu certain jioint C(^ (pTil

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ii\'à'\\ flil ci la liibiiiu^ dans roj)()osilioii , cl ce qu'il avait fail a I.ondrcs connue agent dn ministère de ISU) ; «1 il lui fallait en même tcm[)s rassurer, caresser, pacitier le ()arli conservaleur dont il était redevenu le clieC. Il u\ a pas de génie humain (jui soit à la hauteur (riine fausse situation. M. (iui/ol donnant pleine raison a TAngleterre maiiilenant sur la question d'Kg\ [)!«', était poussé par le besoin de reconquérir ailleurs inie certaine populaiilé contre l'Angleterre, à riuipneler pai' une lutte (rinlluence en Espagne. Il servait ou \\ llaltait j)ar là aussi l'ambition de famille du roi ; il lui laissait enln^voii' une eomonne de plus à Madrid pour -a maison.

Le mariage impolili(|ue du due de Montpensieravec la soMir de la l'eine d'KsjJagne, préparé comme une initiijue, decouvei t loul à eouj) eoinuK» un piège, proclame ensuite^ eomiuc; uiu) victoire, avait vivement olVense l'Angleterre. Ce refroidissenK^U de l'Angleterre avait poussé le cabinet des Tuileries à se ra|)proelier de T Autriche en lui faisant, dans l(\s afTaires de la Suisse, des concessions contraires à la sécurité de 1'' liaiiee, à rindepeiidnnce des p(Mipl(»s, et (>ncon^ |)lusa Tespril de la revolulion. Le niariage du due de •MontpensiiM' avec la princesse espagnole devait inévital)lemenl aboutir à une i upture av(H: l'Angh^ern; et à une guerre de succession, ou la France aurait à prodiguer so» trésors cl son sang |)our un inlei«'M j)ureinenl dynastique. (]e mariage poi lad eu soi de lels germes do dostruclion pom la politicpie et pour le

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