LIVRE DIXIÈME
hommes alors aussi tempérés de conduite qu'ils étaient aventureux d'idées.
Ces choix précipités , faits pour ainsi dire au cri de l'urgence et à l'indication de partis divers, n'excitèrent au premier moment aucune réclamation. Le ministre indiqua à ses agents l'esprit de son administration dans une première circulaire du 8 mars. Cette circulaire disait : « La France entière n'a eu qu'une « seule voix, parce qu'elle n'avait qu'une seule âme. (( Cette union de tous dans une même pensée est le « gage le plus certain de la durée de la République, « elle doit être la source de la modération après la i( victoire. Votre premier soin doit être de faire com- « prendre que la Républifjue doit être exempte de « toute idée de vengeance et de réaction. Toutefois , « que celte générosité ne dégénère pas en faiblesse. « En vous abstenant de toutes recherches contre les « opinions et les actes antérieurs , prenez comme « règle que les fonctions politiques, à quelque degré « de la hiérarchie que ce soit, ne peuvent être confiées '< qu'à des républicains éprouvés, en un mot tous « hommes de la veille et non pas du lendemain. »
Les premiers mots de cette instruction étaient entièrement dans l'esprit du gouvernement; les dernifMs était une épuration do la France. Fpni-cr la France^ de tout ce (|ui n'était pas républicain Ar la vcilh^ c'était
l'aliéner de la République; la Répubiiijuo, en aliénant d'elle la majorité de la France, devenait un gouvernement de minorité; un gouvernement de minorité a besoin d'intimider la majorité, c'est-à-dire la nation, pour se fonder et se maintenir. La République du 24 Février se dénaturait ainsi, et se pervertissait.
La différence radicale , dans la manière de comprendre et de prati(juer la nouvelle Républicjue, se révélait malheureusement à ces premières paroles entre les membres du gouvernement. Il était évident que l'esprit posthume et conventionnel dictatorial des clients de lu Reforme, cherchait à entraîner la politique intérieure en arrière dans la voie de l'épuration et de l'intimidation révolutionnaire. Bien que les actes fussent tolérants, les paroles étaient acerbes ; cela suffisait pour inquiéter le pays au moment où il fallait le rassurer et le convier tout entier à la République.
Cette provocation intempestive adressée à tous ceux qui n'admettaient la lîépublicjue qu'à la condition d'y transporter la j)lénitude de l(Mir honneur et de leurs droits, suscita les j)remi(M's ressentiments et éleva les premiers ondjrages. Néanmoins, les mesures du ministre de l'intérieur et de la majorité des conunissaires qu'il a\ail nommés ne corres|)on(iirent en rien alors à ce langage. Les mots parurent une concession à un parti violent pour lui refuser les actes; ils glissèrent sans (|ue le gouvernement jugeât à |>r()p()s de 1(S relever et de les démentir. Le ministre de l'inléri(Mir absorbé dans liinnuMisite des détails de son