‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 64 sur 216 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

département, ne pouvait pas matériellement répondre de tout ce qui se rédigeait sous sa responsabilité morale. Il assistait môme rarement aux conseils du gouvernement qui se tenaient encore à l'Hôtel de Ville au milieu de l'afïluence constante du peuple. Il gouvernait à part la partie du service public qui lui avait été dévolue.

Lamartine gouvernait de son côté avec une indépendance absolue la politique extérieure et la partie de l'esprit public qui correspondait à ses vues. Chaque ministre était souverain dans son centre d'action. On ne se soumettait mutuellement que les questions trèsgraves qui se rattachaient à la politique d'ensemble du gouvernement.

Louis Blanc, Albert, liés antécédemment avec le parti de la Réforme, se groupaient avec d'autres hommes actifs de ce parti, et cherchaient à faire prévaloir, les uns leurs doctrines socialistes, les autres leurs ombrages républicains. Flocon, esprit plus politi(|ue que spéculatif, s'efforçait de ramener à l'équilibre ces prétentions des socialistes et des républicains excessifs. On lui doit beaucoup de tempéraments liabiles que les deux partis du gouvernement eurent la sagesse de garder l'un envers l'autre, pour ne pas rompre avec éclat une unité apparente qui prévenait les déchirements dans le pays.

Caussidière, esprit souple et fin, sous une écorce rude et inculte, penchait en apparence vers la politicjue du ministre de rintéri(uu"; mais il se serxail de

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ses amis dans rintérèt de sa propre importance plus encore qu'il ne les servait eux-mêmes. Homme d'action, en contact avec le peuple, entouré d'une milice prèle à tout, ses amis ne pouvaient rien sans lui. Il affichait une indépendance (jui le leur rendait (|uelquefois suspect, toujours redoutable. Le paiti du IS^ational était en lutte avec Caussidière; ce parti croyait que le |)réfet de police était l'agent et le séide du ministre de l'intérieur contre eux.

Lamartine avait com|)ris d'un coup d'œil qu'il y avait un immense j)arli à tirer do Caussidière, pour le rétablissement de Tordre, et ([u'il fallait le i^^randir contie des ennemis plus dangereux. Il lui témoignait coidianc(% il le |)rovoquait à demander au gouvernement des attributions de police plus étendues, des fonds plus larges, il prenait l'initiative au conseil en sa fa\eur pour la création de corps municipaux armés, garde républicaine, gardiens de Paris aux ordres immédiats du j)réfet de police; il le voyait (|uel(|uefois en particulier, il s'entretenait conTubMitiellement et franchement avec lui de la politicpie générale intérieure et extérieure. Il ne se dissimulait rien de la situation complexe et de l'anibition du rôle de Caussidière, mais il voyait de la |)robité dans cette and)ili()n, de la loyanh'^ sous cette lincsse. (Caussidière a\ail nn cdMir ; c(» cœur nuMUc clail lionm^'le et génér(Mi\. On |)ouvail se fn^r sinon à ses o|)inions, du moins à sa nalnic. Il pouvait rêver de grands actes révolutionnaires, jamais d'actes criminels. Ilonune de

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