LIVRE ONZIEME
Les clubs. — Leur influence neutralisée par leur antagonisme. — Barbes. — Blanqui. — Raspail. — Gabet. — Les réfugiés étrangers. — Acceptation du manifeste par l'Europe. — Négociations verbales de Lamartine avec le corps diplomatique. — Nomination dos ambassadeurs. — Leurs rôles et leurs missions diverses. — MM. d'Harcourt, Aupick, de Tallenay, Bellocq, de Thiard, Bixio, Cliampy, de Lesseps, de Gircom-t.
Le parti modéré du gouvernement, et alors il était presque unanime, envisageait de loin avec espérance le moment où la nation évoquant de son sein tous ses droits et toutes ses forces viendrait elle-même au secours d'elle-même et s'emparerait seule de sa révolution. Le parti anarchique et terroriste, au dehors, envisageait en frémissant cette heure qui devait lui enlever toute chance de prolongation de rogne et de subversion. Ce parti étouffé les premiers jours sous la défaite qu'il avait subie à l'Hôtel de Ville et sous l'enthousiasme d'ordre et de modération cjui soufflait de l'âme unanime du peuple, commençait à tenter de pervertir la Ué[)ubli(fuc dans les clubs.
Les clubs, institution ou plutôt résultat révolu-
tioniiaiie, ne sont autre chose que Tattroupenient tumultueux régularisé et périodique, la place publique concentrée dans une enceinte plus étroite, mais animée des mêmes passions, bouleversée des mêmes orages. Ils ont même un danger de plus que la place publi(|ue : ils ont l'esprit de secte et la discipline combinée des partis. Aussitôt que l'ordre fut rétabli dans la rue, par le bon esprit spontané du peuple et par les ins()irations et les vigilances du pouvoir naissant, les clubs se formèrent dans tous les quartiers de Paris. Le gouvernement n'aurait pu s'y opposer sans mentir à sa nature et sans méconnaître la situation. Les clubs, dans un pareil moment, n'étaient que les voix dominantes de l'opinion, les corps délibérants de la révolution.
Quelques hommes, trop etVrayés des analogies avec la réunion des Jacobins, crurent que la République était perdue et le gouvernement asservi du jour où ils virent se former les premiers clubs; d'autres comprirent la (lillérence qui existait entre un seul club révolutionnaire s'aflilianl tout l'esprit d'une révolution comme les Jacobins et dominant la Convention même, et entre une multitude de clubs animés d'esprits divers, divergeant de but et de théories, se faisant opj)osition et contre-poids les uns aux autres, dépopulaiisés d'avance dans resjirit da^ citoyens par les sinistres souvenirs de 1703, et oiVrant, au contraire, à un gouvernement habile et ferme des |)oinls d'appui et des points de résistance contre l'unité dangereuse d'une