LIVRE NEUVIÈME
trône même de Louis-Philippe, qu'ils frappaient tous les diplomates. Le jour où l'on apprit ce prétendu triomphe de la dynastie d'Orléans, Lamartine s'écria devant plusieurs hommes politiques : « La maison d'Orléans (( aura cessé de régner en France pour avoir voulu « régner aussi en Espagne. Avant deux ans la révolu- « tion sera faite à Paris. )^
L'Angleterre devait donc voir sans peine s'écrouler une dynastie qui, après l'avoir flattée longtemps, l'avait menacée une fois en Egypte et trompée une autre fois en Espagne. La République fut reçue sans répugnance à Londres. Les hommes d'État de l'Angleterre étaient assez impartiaux , assez sensés et assez versés dans l'histoire pour comprendre que cinquante ans de révolution, d'expérience, de liberté et de progrès dans la raison publique mettraient entre la nouvelle République et la République de iT93 la différence qu'il y a entre la raison et la colère, entre une explosion et une institution. Une nation connne la France ne porte dans sa révolution que ce qu'elle a dans sa nature. La République du 24 février ne pouvait être que la France de la veille passée dans ses institutions du lendemain.
Or, toute la question de paix ou de guerre pour la République se trouvait contenue dans les disj)osilionb de l'Angleterre. Aucune coalition n'est possible , si
20 I{|.\ (iLUTION 1)H 18i8.
rAiif^leterre ne la luiui-nle pas. Lllc lient à sa solde le continent dès qu'il est armé. Sans TAngleterre, toute t^uerre ronlinontnle n'est que partielle. Aucune guerre parlirllc nr |K'nl in(juiétor la France : la paix était (loue possible. Mais pour (pTclle lut certaine, il fallait (l(Mi\ choses : respecter la Belgi(|ue dont Tindépendance clail à la fois nii intcivt anglais et un iiilcivt prussien, et res[)ecter l'Alleniagne dont la violation par nous aurait aiiiié TAutriche alliée à l'Angleterre et adossée à la liussie.
Ouant à Ti^spagne, la chute de la dynastie d'Orléans désintéressait à la fois la Tiaiiee et TAngleterre de leuis pictcntions rivales au delà des Pyrénées.
1/ Italie ne remuait pas encore. Elle commençait seulement à demander à ses piiiiees le prender degré de la liberté dans des institutions constitutionnelles, et le |)renHer degré de l'indépendance itali(|ue dans une fédération de ces tronçons de nationalités entre eux.
Mais s'il était facile à des hommes iTKtat de compiriidif ( t'ite situation de TEuropt^ et celte heureuse coïncidenc(^ (\r la Hepublicjue iwvv des circonstances euro|)éenn( > (jiii j)ermeltaienl de conserver la |)aix au continrnt . il clail plii> dillieile de faii'e comprendre* à une révolution jimmic et bonillaiilt" d(> (luehjues jours (|u il fallait se eoiilciiii , -c renlrniu'i- dans son foyer intérieur et bi illn- de la siii' riioii/oii des peuples sans «leborder et .sans incendi(M- a 1 instant l(>s autres États. Les traités do 1815 pesaient sur les souvenirs de la