LIVRE ONZIÈME
haute sagacité le caractère pacifique, modéré et civilisateur de la République dirigée au dehors dans un esprit de respect et d'inviolabilité aux institutions diverses des peuples. Une attitude contraire du gouvernement anglais aurait ravivé le préjugé antibritannique que Lamartine comme Mirabeau, Lafayette et Talleyrand, voulait amortir et user en France. L'Angleterre en acceptant la fraternité offerte avec dignité par la République, méritait bien de l'humanité; le ministère de lord Palmerston en recueillera le fruit dans l'histoire. Le ministre de la Républicpie savait qu'aucune coalition sérieuse n'était possible contre la France sur le continent, sans le concours et sans la solde de l'Angleterre. Il ne voulait à aucun prix donner à l'aristocratie anglaise le prétexte de forcer le cabinet anglais à une croisade contre la République. Gagner du temps c'était pour lui gagner du sang et des forces pour la France. Si plus tard des causes de dissentiments et de guerres devaient naître, il voulait que ces dissentiments et ces guerres trouvassent la France dans son droit et la République armée contre toute surprise et toute coalition.
C'est là un des motifs pour lesquels le ministre de la République résista avec une inflexible énergie à l'idée de bouleverser la Belgique par les témérités déloyales qu'on ne cessait de lui reprocher de prévenir sur cette frontière. Il avait repoussé tout contact avec les républicains belges venus à Paris pour s'y concerter avec les républicains français do la vieille
i:U RÉVOLUTION DE 1848.
école; il avait envoyé à Bruxelles |)lusieurs agents confidentiels avec ordre d'observer l'état vrai de To- |)inion et de refroidir au lieu de fomenter le foyer démagogi(jue dans cette capitale. Le principal de ces agents, homme d'ardeur, mais neuf dans la connaissance de l'Europe, lui parut donner des ombrages à Bruxelles; le ministre le rappela sans hésiter. 11 envoya à sa place un homme d'expérience et de mesure, M. Bcllocq, ancien diplomate exercé au maniement des choses délicates.
L'inconvénient pour la Répubii(|ue française d'avoir à Ihuxelles un roi uni par les liens du sang à la dynastie déchue en France n'était qu'une susceptibilité indigne de la République. Un soulèvement de la Bclgi(pie et son adjonction à la France en ce moment (Mait une déclaration ])rématurée et impoliti(jue de guerre à FAngleterre. Un [)areil grief donné à TAngleterrc faisait tomber à l'instant le ministère libéral à Londres et il jetait l'Angleterre dans la coalition. La France n'en eùl rir ni plus ni moins forte, avec la Belgicjue de plus dans sa cause. Le resf)ect de cette nationalité valait à la Hépubli(jue rinnnobilile de rAnglelerre, le silence de FAIlemagne, le respect du monde.
Le ministre surveillait d'un œW attentif les trames (|ui s'ourdissaient à Paris pour unir prématurément ces deux causes. Ses entretic^ns avec le prince de Ligne, dans les(|uels il manifesta ses sentiments do prudence et de loyauté, et la conliance (|ue cet ambassadeur du roi des Belges lui témoignait, contribuèrent